La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Dimìtris Dimitriàdis

O kyklismos tou tetragonou (La Ronde du carré)

O kyklismos tou tetragonou (La Ronde du carré) - Critique sortie Avignon / 2014 Avignon
Crédit Photo : Kostas Mitropoulos Légende : L’auteur grec Dimìtris Dimitriàdis.

Opéra-Théâtre / de Dimìtris Dimitriàdis / mes Dimìtris Karantzas

Onze personnages aux noms de couleurs : êtres en quête d’absolu soumis aux mouvements de répétition des possibles amoureux. C’est La Ronde du Carré (O kyklismos tou tetragonou), du grand auteur grec Dimìtris Dimitriàdis, mis en scène à L’Opéra-théâtre par Dimìtris Karantzas.

Lorsqu’il évoque La Ronde du carré*, Dimìtris Karantzas parle de “son caractère profondément musical“. Que vous inspire cet angle d’appréhension ?

Dimìtris Dimitriàdis : Je comprends cela, car ce texte est construit à la manière – pas vraiment consciente et voulue de ma part, je dois l’avouer – d’une symphonie en quatre parties. Une symphonie avec les mêmes thèmes qui reviennent quatre fois, avec des répétitions qui passent par des crescendos et des diminuendos, par des épurations de plus en plus restrictives de la langue et de l’action, pour aboutir à un choral final résumant et englobant tout ce qui a précédé, mais laissant ouverte la perspective d’une nouveauté et d’un inconnu. Cette vision de metteur en scène me rappelle d’ailleurs que mon intention consciente est toujours en-deçà du résultat que constituent mes pièces de théâtre, que les véritables réponses à un texte viennent après son écriture, que sa réalisation scénique est le lieu de son accomplissement le plus abouti.

De quoi est née cette pièce ?

D. D. : Comme je viens de le dire, c’est une pièce qui traite du thème de la répétition, de l’emprisonnement quotidien qui nous amène à reprendre en permanence des gestes, des phrases, des comportements. Toutes ces choses reviennent de façon presque automatique et nous enferment dans des stéréotypes, des clichés, faisant de nos vies une variation de copies de nous-mêmes. La Ronde du carré, à travers sa structure même, permet aux personnages de reprendre ces répétitions en les rendant de plus en plus restreintes et inadéquates. Car ce que ces personnages désirent, c’est sortir de ce mécanisme pour passer à une autre sphère, c’est ne plus se satisfaire de ce qu’ils sont et connaissent, pour découvrir une autre dimension d’eux-mêmes et de l’humanité. Ce qui revient à exiger l’impossible : transformer un carré en cercle.

« Faire du théâtre n’a aucun sens si n’apparaît pas, sur scène, quelque chose qui n’a jamais été dit et vécu. »

Diriez-vous que La Ronde du carré est emblématique de votre œuvre ?

D. D. : Oui, car le thème de la répétition revient, d’une façon ou d’une autre, dans la plupart de mes textes, aussi bien les textes théâtraux que la prose. Mais en même temps, il s’agit d’une pièce tout à fait différente de celles que j’ai écrites avant cela, d’abord et surtout par sa forme. Avec cette pièce, je me suis mis à construire une machine dramatique qui posait des problèmes et appelait des solutions que je devais aborder pour la première fois. La Ronde du carré est composée de quatre histoires de relations amoureuses qui, bien qu’indépendantes, dépendent les unes des autres car elles font partie d’un même ensemble. Il me fallait donc trouver un moyen de conserver cette dépendance et cette interdépendance, qui sont la caractéristique principale de cette pièce. Avec, bien sûr, le cadre au sein duquel tout cela se déroule, c’est-à-dire le principe de répétition qui, tout en gardant intact le réalisme des situations, entraîne d’emblée la pièce vers les zones du non-réalisme – zones où la théâtralité et sa mécanique dramaturgique jouent un rôle prédominant.

Lors de notre précédent entretien**, vous expliquiez qu’écrire, « revient à passer de l’invisible au visible ». Quel invisible La Ronde du carré révèle-t-elle ?

D. D. : Voici le point capital qui concerne, à mon avis, tout l’art théâtral, et d’abord celui de l’écriture dramatique. Faire du théâtre n’a aucun sens si n’apparait pas, sur scène, quelque chose qui n’a jamais été dit et vécu. L’invisible n’est rien d’autre que ce qui passe du non-apparent à l’apparent. C’est le rôle de la dramaturgie de réaliser ce passage. Car, pour moi, le théâtre n’est pas l’art de la répétition de la réalité, mais un art qui doit permettre, à travers les moyens qui sont les siens (écriture et mise en scène), à une réalité non visible d’apparaître. Je ne parle pas d’un théâtre irréaliste, mais d’un théâtre qui devient l’espace d’une autre réalité. Ce que l’on voit se passer dans La Ronde du carré, par exemple, n’a jamais eu lieu avant son apparition sur scène.

 

* Texte publié aux Solitaires Intempestifs

** La Terrasse n° 172, novembre 2009.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

O kyklismos tou tetragonou (La Ronde du carré)
du Mardi 22 juillet 2014 au Vendredi 25 juillet 2014

Avignon, France

Festival d’Avignon. Opéra-Théâtre. Du 22 au 25 juillet à 22h. Tél : 04 90 14 14 14. Durée : 3h.


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