La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Narcisse ou L’amant de lui-même

Narcisse ou L’amant de lui-même - Critique sortie Théâtre Paris Le Vingtième Théâtre
Valère, le Narcisse rousseauiste Crédit : Cristophe Haesevoets

Vingtième Théâtre/ de Jean-Jacques Rousseau /mes Jean-Luc Revol

Publié le 7 février 2014 - N° 217

Avec cette comédie aux accents philosophiques créée il y a deux ans à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, Jean-Luc Revol témoigne encore de son talent à divertir intelligemment. 

« J’ai écrit cette comédie à l’âge de dix-huit ans, et je me suis gardé de la montrer, aussi longtemps que j’ai tenu compte de la réputation d’Auteur » confesse Jean-Jacques Rousseau en préambule de la préface qui accompagne la publication, vingt-deux ans plus tard, de ce spirituel  marivaudage en terre dramatique. Puisant à la source du livre III des Métamorphoses d’Ovide narrant le malheureux destin du plus beau et du plus orgueilleux des jeunes hommes, le philosophe alors en herbe, se risque avec Narcisse ou l’amant de lui-même, pièce en un acte et en prose, à tirer la tragédie vers la comédie. Le détournement, dont témoigne d’emblée la légèreté du ton, tonalité badine dont l’auteur ne se départit pas et qui ne laisse aucun doute sur l’heureuse issue du drame, s’opère non sans inviter à quelques profondes réflexions métaphysiques. La quête de soi et celle de l’autre, l’examen des conditions de possibilité de la naissance de l’amour, sont, sans surprise, au cœur du propos. Mais l’auteur donne à son argument une dimension sociale et critique dont l’actualité n’a pas échappé au metteur en scène.

Une mise en scène enlevée

« Tout repose sur l’imposture, la méconnaissance de soi et de l’autre. N’est-ce pas là le fondement de notre société ? » interroge Jean-Luc Revol. Aussi les traits du Narcisse rousseauiste investissent-ils à des degrés divers chacun des six autres protagonistes pris dans un savant jeu de dupes et de transgressives amours masquées. Dans sa simplicité, l’unique décor se libère des contraintes qui pèsent sur une représentation réaliste en empruntant certains de ses éléments au cadre bucolique d’un jardin aimé des oiseaux et d’autres, et à celui des appartements de Valère/Narcisse, tels les fauteuils, l’indispensable coiffeuse chargée de flacons, de poudriers et autres appareillages de la beauté cherchant à (se) plaire. En costumes d’époque, les acteurs très à l’aise enlèvent avec beaucoup d’allure, en s’amusant visiblement, cette comédie qui n’a de légère que l’apparence. Evitant l’écueil de la farce, la mise en scène se déploie avec brio en s’appuyant sur le jeu des comédiens, et manie subtilement les effets comiques induits par les quiproquos, les situations délicates, le ridicule narcissique et ses affectations pathétiques. Ainsi ménagée, la découverte du jeune Rousseau procure un plaisir non dissimulé. Non dissimulable.

Marie-Emmanuelle Galfré  

A propos de l'événement

Narcisse ou L’amant de lui-même
du Mercredi 15 janvier 2014 au Dimanche 2 mars 2014
Le Vingtième Théâtre
7, rue des Plâtrières, 75 020 Paris.
Du mercredi 15 janvier 2014 au dimanche 2 mars 2014. Le mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 19h30, le dimanche à 15h.  Tél : 01 43 66 01 13. www.vingtiemetheatre.com
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