La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Séverine Chavrier

Métaphores extrêmes pour situations extrêmes

Métaphores extrêmes pour situations extrêmes - Critique sortie Avignon / 2012

Publié le 10 juillet 2012 - N° 200

Inspirée principalement par trois œuvres de l’écrivain britannique de science-fiction James Graham Ballard (1930-2009), Séverine Chavrier rend compte de sa propre vision du monde à travers un travail scénique visuel et sonore.

 « La pornographie est la forme romanesque la plus intéressante politiquement. »
 
Pourquoi avoir choisi de vous inspirer de l’œuvre de J. G. Ballard pour cette création ?
 
Séverine Chavrier : Après avoir travaillé sur Hanoch Levin, j’ai voulu avec Ballard élargir mon regard et oser parler du monde tel que je le vois, par la petite fenêtre de ma génération, qui n’a pas connu la tension des années 70. Ballard écrit de la science-fiction d’anticipation, il n’explore pas un avenir hypothétique et fantasmé, mais dévoile une introspection sur une sorte d’ici et maintenant. Il a commencé à écrire dans les années 60, et a analysé les avancées techniques et leurs conséquences politiques, dans nos vies mêmes, avec un humour noir et une logique du pire qui s’apparente d’ailleurs à Levin. La technologie fait naître des possibilités illimitées et une dangerosité certaine. Cette exposition du côté anxiogène de nos civilisations me touche beaucoup. Crash met en scène une fiction où les gens s’érotisent par les accidents de voiture. Cette sexualité pervertie est une métaphore extrême créée pour une situation extrême. Ballard traque les endroits désertés par le sens et le sentiment. Dans la très belle préface qu’il a écrite, où Crash est décrit comme un roman pornographique fondé sur la technologie, il explique que la pornographie est la forme romanesque la plus intéressante politiquement. La science-fiction, et cette violence qui atteint les corps et les rapports humains sont un moyen de penser, de montrer comment nous nous manipulons et exploitons de manière impitoyable.  
 
On retrouve cette violence dans Sauvagerie et Millenium People. Comment l’analysez-vous ?
 
S. C. : Ballard traite cette violence comme un acte gratuit, une folie servant à s’extraire des contraintes énormes d’une société hyper policée et hyper consumériste. Sauvagerie a lieu dans un quartier résidentiel familial luxueux, surveillé par un réseau de caméras, où les parents sont assassinés par les enfants. Millenium People décrit le basculement des classes moyennes dans le terrorisme meurtrier. La pièce est ancrée dans un univers urbain, où les gens se débattent avec leur solitude. Les personnages sont des anonymes, dans des états paroxystiques, des états d’attente ou de rupture. Les questions de l’appartenance et de la filiation sont aussi posées. 
 
Quelle scénographie utilisez-vous ?
 
S. C. : La musique est mon outil premier. J’ai travaillé pendant les répétitions afin de trouver sa place au piano, dont l’intérieur devient à un moment un lieu de tournage. Il devient déchetterie, tombola, lieu de commotion… J’essaie de transformer les sons en objets qui signifient le monde tel qu’il va. J’ai aussi beaucoup travaillé sur l’image, qui me fascine au théâtre comme au cinéma. Et c’est un sujet majeur de notre société, tellement saturée d’informations, tellement habituée à l’image qu’elle ne nous donne plus à imaginer. Mais je crois à l’art, à son attitude critique, au temps commun de la représentation.
 
 
Propos recueillis par Agnès Santi


Festival d’Avignon. Gymnase du lycée Mistral. Les 9, 10, 13 et 15 juillet à 18h, le 14 à 14h. Tél : 04 90 14 14 14. Durée estimée : 2h30. 

Plage ultime / Gymnase du lycée Mistral
D’après J. G. Ballard / Conception et mes Séverine Chavrier

A propos de l'événement



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