La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Mauvaise de debbie tucker green, mise en scène Sébastien Derrey

Mauvaise de debbie tucker green, mise en scène Sébastien Derrey - Critique sortie Théâtre Strasbourg Théâtre National de Strasbourg
DR Sébastien Derrey

MC93 / T2G / Théâtre National de Strasbourg

Publié le 21 février 2022 - N° 297

Figure de l’avant-garde dramatique anglaise,  debbie tucker green a obtenu le prix Laurence Olivier de la révélation théâtrale en 2004 pour mauvaise (born bad). La pièce est  portée sur les planches par le metteur en scène Sébastien Derrey, longtemps dramaturge de Claude Régy. Huis-clos familial, la pièce touche au tabou de l’inceste.

Par quelle envie avez-vous été portée ?

Sébastien Derrey : La langue. J’ai tout de suite été frappé par la force et la beauté de la langue. Je ne connaissais pas l’auteure avant d’avoir la chance de prendre connaissance de cette traduction en français sur laquelle trois traductrices ont travaillé pendant un an. mauvaise pose de sérieuses difficultés sur ce plan-là. Son écriture est traversée d’influences diverses ; ce n’est en aucun cas une reproduction du parler d’aujourd’hui, c’est une recomposition verbale à partir du rythme et de l’accentuation. Pour moi, c’est un grand texte, ce qui est rare. Tout est précis, pensé, sans que jamais debbie tucker green n’éprouve le besoin d’expliquer ; elle suspend l’écoute et ouvre la porte à une réflexion active. Le sujet est à mes yeux crucial. En France les dernières statistiques évaluent qu’en moyenne sur une classe d’une trentaine d’élèves de CM2, il y aurait trois élèves victimes d’inceste. Elle traite ce problème fondamental avec une justesse hallucinante.

« Le plus important, c’est ce qui n’est pas dit, ce qui se joue dans les silences. »  

Avez-vous suivi les indications précises que l’auteure a l’habitude de donner en préambule de ces pièces, sur le plan de la distribution notamment, concernant la couleur de peau des acteurs ?

S.D. : Oui. Évidemment. On ne saurait passer outre ses exigences parce qu’elles sont particulièrement signifiantes. Non pas pour les raisons faciles qui peuvent immédiatement venir à l’esprit et qui placeraient ses protagonistes dans la peau de victimes désignées. Les sujets qu’elle aborde dans toutes ses pièces – et c’est une auteure très prolixe – sont des sujets qui traversent nos sociétés contemporaines par-delà la question de la couleur de la peau. 

 Quels sont vos choix en termes de mise en scène ?

S.D. : Il s’agit de faire émerger une parole. Mais le plus important, c’est ce qui n’est pas dit, ce qui se joue dans les silences. C’est une écriture du silence. Ce qui pose une difficulté et donne, en même temps, une grande liberté à l’acteur, au spectateur et au metteur en scène. Il faut parvenir à communiquer avec très peu de choses, sans les mots. Par exemple, l’un des personnages de la pièce, le père, est omniprésent sur le plateau et n’a que quatre répliques à dire. Aussi ai-je fait porter l’accent sur l’écoute, sur l’état de vulnérabilité qui naît de ces expositions silencieuses auxquelles chacun des protagonistes doit faire face puisque dès que l’un des personnages apparaît, il ne quitte plus la scène. Jamais la pièce ne nous place dans un état de compréhension immédiate ; il faut sans cesse reconstruire l’histoire, un peu à la manière d’un puzzle. La pièce se révèle comme un procès à huis-clos. La fille, personnage à la hauteur d’une héroïne tragique, demande des comptes, et face à elle se dressent le mur du déni comme la force du tabou.

Propos recueillis par Marie-Emmanuelle Dulous de Méritens

A propos de l'événement

Mauvaise
du mercredi 23 mars 2022 au jeudi 31 mars 2022
Théâtre National de Strasbourg
1 avenue de la Marseillaise, 67000 Strasbourg

à 20h sauf le 26 à 16h, relâche le 27. Tel : 03 88 24 88 00. www.tns.fr


À voir également du 12 au 18 mars à la MC93, et du 5 au 15 avril au T2G.


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