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Théâtre - Critique

Mais n’te promène donc pas toute nue de Georges Feydeau mes Charly Marty

Mais n’te promène donc pas toute nue de Georges Feydeau mes Charly Marty - Critique sortie Théâtre Amiens Comédie de Picardie
Crédit : Ludo Leleu Camille Roy (Clarisse, Mme Ventroux), Yannick Landrein (Mr Hochepaix), Charles-Antoine Sanchez (Mr Ventroux)

Comédie de Picardie / de Georges Feydeau/ mes Charly Marty

Publié le 19 décembre 2018 - N° 272

L’ambition de transfigurer un texte classique pour le rendre à l’éblouissement de l’instant qui l’a vu naître porte cette nouvelle création de la compagnie Les Indiens conduite par Charly Marty. Les acteurs sont au rendez-vous.

S’il était encore besoin de montrer la puissance du « roi du vaudeville » à nous faire rire de bon cœur de ce dont nous aurions à pleurer comme à nous plaindre, aujourd’hui même, ce « Mais n’te promène donc pas toute nue » monté par le directeur de la Compagnie « Les Indiens », Charly Marty, saurait nous convaincre. « Notre travail, explique-t-il, a commencé par une sorte de déshabillage du pire et du cliché pour essayer de voir ce qu’est un Feydeau ». Sommet de diabolique machinerie comique, la pièce met en scène une seule et unique femme, Clarisse, entourée de quatre hommes, dont l’ingénuité sert de fer de lance pour pourfendre le sexisme, la misogynie et l’hypocrisie d’une société dont le souci des normes, prévalant sur la quête de sens, confine à l’absurde et conduit à l’imposture. « C’est par cette porte d’entrée que nous questionnons notre époque », indique le metteur en scène, lequel choisit, eu égard à l’argument spécifique de ce huis clos – augmenté comme il se doit des vacillements de chambranles propres au genre du théâtre de Boulevard – d’inscrire la pièce dans le contexte des années soixante-huit. Cette inscription autorise un rapprochement temporel (dont témoignent les changements de nom du personnel politique) qui favorise l’actualité d’un propos aux résonnances universelles. Par ailleurs, en touchant au cadre, le metteur en scène a pris soin de respecter le texte lui-même qu’il fait jouer dans son intégralité.

Une belle énergie comique

 De la fidélité à cette véritable poétique de la bêtise et du ravissement, à cet univers à la fois parfaitement logique et parfaitement loufoque du maître du quiproquo, les acteurs témoignent avec l’énergie comique nécessaire. Camille Roy dans le rôle de Clarisse (Mme Ventroux), pivot de cette comédie de mœurs, joue, en petite tenue, sur tous les tableaux qui sont les siens – quelque fois scabreux – avec un naturel confondant. Charles-Antoine Sanchez (Mr Ventroux, le député qui rêve de devenir Ministre) déploie son jeu – notamment gestuel et grimacier – dans tous les registres qui lui sont offerts par cette partition dramatique où les onomatopées et les interjections sont légions. Simon Vincent (Victor, le domestique), Mathieu Barché (le journaliste), Yannick Landrein (Mr Hochepaix) tiennent leur rôle avec brio. La difficile interprétation de la pièce trouve indéniablement du répondant. La scénographie elle-même, qui rappelle le contexte dans lequel le metteur en scène a tenu à placer l’œuvre avec ses éléments de décor typique empruntés aux années soixante-dix, fait sens. Comme la banderole tenue en front de scène, masquant la partie centrale du plateau, tandis que le public s’installe, étendard qui donne le ton : «si vous n’aimez pas Feydeau, soyez bien sûrs qu’il ne vous aime pas non plus ». Spontanément, d’entrée de jeu, intéressant. Mais la portée de la provocation, in fine, est réduite  quand elle est mise en regard avec l’épilogue scénique de pure invention qui coiffe le dénouement voulu par Feydeau. De cette séquence dernière – certes plastique mais par trop explicite – on aurait aimé pouvoir se passer quand il s’agit de miser sur l’intelligence d’un spectateur déjà éclairé par ce qui a précédé.

Marie-Emmanuelle Dulous de Méritens

A propos de l'événement

Mais n’te promène donc pas toute nue de Georges Feydeau mes Charly Marty
du samedi 14 décembre 2019 au vendredi 20 décembre 2019
Comédie de Picardie
62, rue des Jacobins, 80 000 Amiens

Le mardi, mercredi et samedi à 19h30, le dimanche à 15h30. Durée : 1h30. Tél : 03 22 22 20 20

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