« Dans le ventre des cerveaux » de Jules Sagot et Christophe Montenez : quand la farce et la pensée écologique font cause commune
Épicentre d’un groupe de six interprètes, [...]
Jérôme Méla revisite la tragédie du roi assassin à la lecture des études récentes sur l’imagination à la Renaissance : portrait flamboyant d’un homme dévoré par cette criminelle maîtresse d’illusion.
« L’imagination dispose de tout. Elle fait la beauté, la justice et le bonheur qui est le tout du monde. La raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses. », dit Pascal à propos de cette « partie dominante dans l’homme », puissance implacable qui motive les sages autant que les fous. Ce qui n’est pas, ce qui est fait de la seule étoffe des rêves, des songes et des désirs, détermine la trame secrète de l’existence : « Les peurs que l’on ressent ne sont rien auprès des terreurs que l’on imagine. », dit Shakespeare dans Macbeth. Attentif à la capacité terrible qu’a l’imaginaire d’être plus agissant que le réel, ainsi qu’à la force qu’a le désir de précéder et de dépasser l’acte, Jérôme Méla opère un renversement fondamental : « Macbeth cesse d’être une pièce sur un roi assassin pour devenir le portrait d’un homme dévoré par l’avant-coup de ses actes. »
Corps à corps avec l’indicible
La mise en scène fait surgir les personnages de la brume et du noir, comme s’ils naissaient des brouillards d’une Écosse archaïque et de l’inconscient tragique de ce personnage torturé : « le désir de Macbeth naît de ce néant scénique, comme une pure émergence de l’imaginaire », et le spectateur est pris dans son vertige hallucinatoire, jusqu’à participer au banquet des libations maudites. Macbeth se consume comme le brandon du malheur : « parce qu’il a trop imaginé le crime, il finit par ne plus pouvoir habiter le monde réel ». Il renvoie celui qui assiste à la torture de ce bourreau de lui-même au spectacle de sa propre capacité à fabriquer les images qui hantent son esprit autant que le théâtre. Antonio Gonzalez et Olivia Bernabé incarnent cette union diabolique de l’imaginaire et du désir, entourés par une troupe de comédiens inspirés qu’habillent les sons hallucinés du shakuhachi et du Cristal Baschet.
Catherine Robert
Du jeudi au samedi à 21h ; samedi et dimanche à 16h30. Tél. : 01 48 08 39 74. Durée : 2h15.
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