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Avec Orso et moi dont elle signe le texte et qu’elle interprète, en compagnie du musicien Ulysse Chaffin et dans la mise en scène de Justine Heynemann, Géraldine Martineau participe avec sensibilité au renouvellement en cours des récits sur la maternité.
En passant de L’Extraordinaire Destinée de Sarah Bernhardt qu’elle créait en 2024 au Théâtre du Palais Royal à Orso et moi, fiction qu’elle a écrite à partir de son expérience de la maternité, Géraldine Martineau ne change pas de sujet mais seulement d’angle d’observation et d’échelle de représentation. Dans sa nouvelle pièce en effet, dont la mise en scène est cette fois prise en charge par Justine Heynemann, l’artiste aborde le devenir mère comme une aventure, comme une épopée qui n’a guère perdu de sa force de perturbation pour avoir été traversée par tant de femmes depuis la nuit des temps. Si toute mère n’est pas une Sarah Bernhardt, à commencer par Géraldine Martineau elle-même dont la version théâtrale est ici pétrie de fragilités, chacune vit un bouleversement profond de son être qui nécessite un courage largement sous-estimé par la société. Le récit qu’elle fait des cinq premières années d’une relation mère-fils est en effet aussi riche en péripéties qu’en questions existentielles. Accompagnée du seul musicien Ulysse Chaffin, qui signe aussi la création sonore du spectacle, c’est tout l’univers intérieur et social d’une jeune femme, chamboulée par l’arrivée de son petit garçon, qu’incarne Géraldine Martineau. À distance de toute idéalisation, elle creuse dans la réalité de la maternité puis du lien entre mère et enfant, dans toute sa complexité.
Mère et fils vont en bateau
Précédée par les mots de sa mère diffusés en voix off, qui décrit son propre accouchement comme « une lettre à la poste », l’autrice et comédienne raconte le sien – ou celui de son personnage, les limites étant volontairement floues – qui faillit se terminer par un drame. En prenant en charge en plus de celles de l’angoissée maman les répliques des médecins et de Jonathan, le peu bavard compagnon, c’est dans un théâtre intérieur mouvementé que Géraldine Martineau fait entrer le spectateur. L’esquisse de chambre d’enfant immaculée où se déroule l’épopée intime se transforme au fur et à mesure qu’avance l’histoire dont le développement est aussi tumultueux que ses débuts. Si l’amour de la mère dont le nourrisson est ici un simple morceau de tissu puis une voix off est bien au rendez-vous, il peine à trouver comment s’exprimer. Il se cherche une forme, et le théâtre témoigne de cette quête qui après quelques errements s’incarne en un bateau pirate imaginaire dans lequel elle invite son fils et le spectateur à monter. La référence à Céline et Julie vont en bateau (1974) de Jacques Rivette est évidente. Comme dans le film, l’imaginaire prime ici un temps sur le réel ou plutôt en permet la métamorphose. Avec cette fiction à forte teneur autobiographique mais à laquelle elle donne des allures de conte, Géraldine Martineau s’inscrit avec subtilité dans un mouvement de réflexion sur la maternité et plus largement sur le féminin, qui vise à sortir de l’idéalisation. Et donc à entrer dans des mondes singuliers.
Anaïs Heluin
mardi à 19h, du mercredi au vendredi à 20h, samedi à 17h30. Tel : 01 44 62 52 52. Durée : 1h20.
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