“Irresistible Revolution” d’Ayelen Parolin
Entre jeu, carnaval, rituel et manifestation, [...]
Deux solos de Sarah Adjou et d’Abou Lagraa forment l’attelage chorégraphique de L’Equipé∙e, soirée initiée par Les Plateaux Sauvages et par le Théâtre de Suresnes Jean Vilar. Cette année, autour de la question du désir…
Sarah Adjou et Abou Lagraa n’avaient sans doute aucune raison de se croiser un jour : deux générations, deux parcours très différents, deux esthétiques bien distinctes… Il est étrange de voir alors ce qui les rassemble sur ce programme, outre la composition et la présence live du musicien Grégoire Letouvet. Tous deux ont choisi de travailler sur l’enveloppe, sur les couches, sur les différents cocons qui nous enserrent et qui enferment notre désir d’être soi. Sarah Adjou déboule sous un montage sonore tiré de dialogues de cinéma, où les voix d’actrices sont autant de punchlines très éloquentes quant à la question de l’insatisfaction et de l’épanouissement des femmes. Empaquetée, de la taille jusqu’au haut du crâne, dans un tulle rouge tel un bonbon mal déballé, on ne voit de fait que ses jambes, qu’elle a fort véloces. Elles s’engagent dans une chorégraphie oscillant, avec humour, entre tango, classique, music-hall. Quand Sarah se débarrasse de cet apparat, passant de femme-fleur, femme-papillon, à femme-paon, c’est pour initier, assise en justaucorps sur une banquette de piano, une danse plus lascive, plus cabaret, faite de poses et d’exposition sensuelle de soi.
Ce qui les met en mouvement
Mais quelque chose ne va pas. Les gestes deviennent anguleux, répétitifs, désordonnés. L’image maîtrisée de la jeune femme se grippe. Sarah nous surprend et nous retourne lorsque sa danse la conduit à un lent dépeçage de ce rouge-glamour, pourtant si fin sur sa peau, mais qui devenait si pesant. Jusqu’à ce que sorte d’elle une autre femme, qui cherche sa respiration, son nouveau souffle. Tout aussi surprenant est de voir ensuite Abou Lagraa, vêtu d’une longue djellaba dont la capuche lui recouvre entièrement la tête et le visage. Sa première danse, en cercle autour d’un tapis déroulé au centre du plateau, est faite de marches, de courses, de tournoiements où les gestes s’esquissent mais ne vont jamais au bout d’eux-mêmes, comme par ennui. Ça s’accélère, ça chute, et l’envahissement du corps par la danse devient plus net, plus assumé, même si le danseur doit prendre appui sur le mur du fond, et retrouver sa respiration. Quand il se découvre enfin, à genoux, regard et mains tournés vers le ciel, c’est pour une danse virtuose entièrement au sol. Abou Lagraa livre ici un touchant solo en forme de manifeste : le nombre d’années n’entame pas le désir de danser, d’être soi, de rire de soi. Enveloppé dans un tapis ou brillant dans une veste disco, il nous apostrophe et affirme pleinement sa liberté.
Nathalie Yokel
à 18h. Tél. : 01 46 97 98 10. Spectacle vu aux Plateaux Sauvages.
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