« Une conversation en Sicile » d’Elio Vittorini parle de cette humanité offensée qui fait écho à notre époque, mis en scène par Vincent Brunol
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Entre autobiographie et sociologie, Wacil Ben Messaoud raconte les dernières heures d’une boucherie de Port-de-Bouc, inscrivant sa réflexion autour du sacrifice abrahamique et de la filiation.
« Mon fils, je vois en rêve que je t’égorge. Qu’en penses-tu ? Père, répondit le fils, fais ce qui t’est ordonné. Tu me trouveras, si Dieu veut, parmi ceux qui supportent. », dit la sourate 37 du Coran, reprenant l’antique mythe biblique du sacrifice du fils par le père, dont le motif est au cœur de la fête de l’Aïd. Avatar du récit : Wacil Ben Messaoud raconte comment il a choisi de quitter la tradition familiale pour tracer sa voie sur les planches : il aurait dû être boucher, le voilà acteur. Passant en revue des personnages truculents et hauts en couleur, il incarne les différents protagonistes de la fermeture du commence familial. Comme l’héautontimorouménos de Baudelaire, il est « la plaie et le couteau », exhibe la première et manie le second comme un danseur son balancier, tenant l’équilibre entre piété filiale et désir d’émancipation.
Notre héritage n’est précédé d’aucun testament
Si le jeune homme cherche comment s’arracher à la tradition testamentaire paternel, il essaie aussi de s’intégrer à un métier et une société qui n’accueille pas volontiers les enfants issus de l’immigration. L’Ecole Kourtrajmé, qu’il a intégrée il y a trois ans, s’est donné pour mission de donner « plus de visibilité aux minorités dans les milieux du cinéma et du théâtre ». C’est l’occasion pour Wacil Ben Messaoud d’un monologue inaugural percutant et drôle sur l’ethnocentrisme de la culture française, qui donne tout son sens à ce projet d’émancipation politique. Le spectacle prend ensuite une teinte plus psychologique, interprétée avec émotion et vérité, quand il s’agit de raconter la manière dont le fils peut demeurer fidèle sans trahir, et la façon dont le père peut accepter que l’ange suspende son geste pour que l’agneau grandisse en bélier, afin de vivre ses rêves loin des cauchemars de son père.
Catherine Robert
Les 7, 9, 11, 13, 15, 19, 21 et 23 juillet 2026, à 11h. Réservations : www.11avignon.com
Durée : 1h15. Spectacle vu au Théâtre de Belleville.
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