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Les sept planches de la ruse

Les sept planches de la ruse - Critique sortie Danse
Crédit photo : Pascal Gely Légende photo : Les excellents acrobates de l’Opéra Dalian

Publié le 10 novembre 2008

Aurélien Bory orchestre un fascinant ballet où dialoguent en métaphores les hommes, les formes et les mouvements.

«  La Chine est un pays ancien, vertigineux, inextricable. La vie […] pullule, touffue, naïve, désordonnée des profondes ressources de l’instinct et de la tradition. » écrivait Claudel à son ami Mallarmé voici plus d’un siècle. Aujourd’hui encore, le « pays des Génies » fascine autant qu’il effraie, toujours coloré qu’il est par le regard de l’extrême-Occident. Pour Aurélien Bory, jongleur et metteur en scène, l’Empire du milieu évoquait surtout le contrôle du corps, la prouesse acrobatique, la discipline des arts martiaux ou la science de la médecine. Le voilà donc parti là-bas, à Dalian plus précisément, ville portuaire calée entre la mer Jaune et la mer de Bohai, pour travailler avec quatorze artistes de l’Opéra, tous excellents acrobates, danseurs et acteurs. Délaissant toutes chinoiseries, il s’est intéressé au tan-gram, ou « qi qiao ban » en chinois (soit Les sept planches de la ruse), jeu traditionnel qui décline à l’extrême les possibilités combinatoires de la géométrie. Il en a tiré le principe d’une pièce fascinante, mécanique virtuose où dialoguent en métaphores les hommes, les formes et les mouvements.
 
Précision extrême
 
Reprenant en grand format les sept éléments du tangram – cinq triangles de trois tailles différentes, un carré et un parallélogramme -, la scénographie sans cesse se métamorphose au gré des glissements, renversements ou équilibres en suspens entre blocs imposants. Architectures abstraites, harmoniques visuelles et rigueur de l’écriture dramaturgique modèlent le sens par le jeu complexe des compositions de corps, d’objets, de sons et de lumières. Innervée par le Yi Jing, le fameux Livre des Mutations, un des socles de la philosophie chinoise, la forme allie sans esbroufe poétique précision extrême, maîtrise du danger et fluidité des manipulations, pourtant fort difficiles. Dans ce paysage mobile, qui évoque tantôt d’ombreuses montagnes célestes, tantôt les monolithes d’une urbanité sauvage, les hommes tentent de trouver leur place, arpentent l’espace à petits pas, manipulent, grimpent, se faufilent, partent à l’assaut de la matière, se font bousculer, avaler. Au risque parfois de tourner sur elle-même, cette implacable esthétique mathématique dévoile les interdépendances et les heurts entre forces naturelles et fragiles constructions humaines. Captivant.
 
Gwénola David


Les sept planches de la ruse, d’Aurélien Bory, le 19 novembre à 20h30, au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines (rens. 01 30 96 99 00 et www.theatresqy.org), le 22 novembre au Théâtre de l’Agora –Scène nationale d’Evry et de l’Essonne (rens. 01 60 91 65 65), et du 25 au 29 novembre, 20h30, sauf jeudi 27 à 19h30, à La Coupole- Scène nationale de Sénart (rens. 01 60 34 53 60 et 
www.scenenationale-senart.com)

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