La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

Les Rêves dansants

Les Rêves dansants - Critique sortie Danse
© Ursula Kaufmann Visages impassibles, regards droits devant soi, et mouvement de groupe entêtant, émouvant et drôle.

Publié le 10 octobre 2010

Sur les pas de Pina Bausch

Kontakthof de la grande dame de Wuppertal renaît avec une quarantaine d’adolescents. Une extraordinaire aventure artistique et humaine, remarquablement filmée par Anne Linsel et Rainer Hoffmann.

Kontakthof, superbe pièce de Pina Bausch : « un lieu où l’on se rencontre pour lier des contacts. Se montrer, se défendre. Avec ses peurs. Avec ses ardeurs. Déceptions Désespoirs. Premières expériences. Premières tentatives. » souligne la chorégraphe. Et toujours le grand mystère de la rencontre entre les hommes et les femmes, s’exprimant entre désir, abandon, consolation, doute, inquiétude, agressivité, tendresse… Sans oublier un formidable sens du décalage et de l’inattendu, qui donne à voir les corps et les êtres autrement. Créée en 1978 avec les danseurs de sa compagnie à Wuppertal, reprise en 1999 avec dames et messieurs de plus de 65 ans, Kontakthof renaît dans cette troisième version avec une quarantaine d’adolescents plutôt intimidés, âgés de 14 à 18 ans, qui n’ont jamais dansé auparavant, et participent aux répétitions chaque samedi pendant un an. Pas à pas ils sont tout autant guidés par l’œil vigilant que mis en confiance par l’empathie de deux danseuses fidèles de la troupe, Jo Ann Endicott et Bénédicte Billiet. L’exigence du mouvement précis et construit et l’attention à ces adolescents souvent fragiles, pétris d’incertitudes et sans cesse observés, se conjuguent et poussent à un travail introspectif sur… l’amour et la relation à l’autre sexe. Un thème central pour les adolescents, même s’ils ont tendance à l’esquiver ! Mais sur le plateau le meilleur advient : les jeunes se révèlent, les inhibitions cèdent la place à la confiance. 

Histoires personnelles

Visage calme et posé, Pina Bausch est présente le jour de la distribution des rôles – jour de stress ! – puis à la fin pour chaque répétition. Elle est visiblement émue de voir ces petits jeunes sincères et vaillants donner le meilleur d’eux-mêmes, grandir, s’affirmer, trouver leur place au sein du groupe. Car l’aventure artistique magnifiquement réussie se conjugue ici avec une aventure humaine marquante, et le documentaire d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann investit pleinement cette double perspective. Le film conjugue aussi remarquablement vision collective d’une troupe au travail et exposition des sentiments et des histoires personnelles, souvent très touchantes. « Avant, j’étais timide… » « On devient accro. » « Mon père serait fier de moi. » Cette approche se révèle d’autant plus pertinente et évidente quand on considère l’art de Pina Bausch, un art où le mouvement se tisse et ne prend sens qu’au cœur du dévoilement des relations humaines et des sentiments profonds, de la dénonciation des manipulations, un art où la beauté et les émotions saisissent les interprètes autant que les spectateurs, un art où l’identité et la personnalité des danseurs ne sont pas laissées de côté, hors champ artistique, mais au contraire participent et nourrissent la démarche artistique. « Les pièces de Pina naissent de questions et réponses et les réponses viennent des danseurs. » explique Jo, qui dansait la fille en rose lors de la création initiale. C’est extraordinairement émouvant de voir au fil du temps la pièce prendre corps et ses jeunes interprètes affirmer leur engagement et leur plaisir. On ne peut trouver plus belle illustration de l’importance de l’art comme nourriture spirituelle, et l’ovation finale le soir de la première a vraiment lieu d’être ! Un film à diffuser le plus largement possible, auprès de tous les responsables de politiques culturelles, et à voir en famille…  

Agnès Santi


Au cinéma le 13 octobre.

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