La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

L’Ecole des femmes de Molière par Christian Esnay

L’Ecole des femmes de Molière par Christian Esnay - Critique sortie Théâtre Clamart Théâtre Jean Arp
Marion Noone (Agnès) et Christian Esnay (Arnolphe) © Xavier Cantat

de Molière/ mes Christian Esnay

Publié le 1 février 2019 - N° 273

Portée par la volonté de rendre le théâtre accessible au plus grand nombre, cette nouvelle création de la Compagnie Les Géotrupes, menée par Christian Esnay, ne résiste pas à l’écueil de l’exagération.   

Il arrive que l’intention la meilleure ne parvienne pas à être entendue sur scène par excès et non par défaut. Que voulait dire le metteur en scène, Christian Esnay, en montant l’une des pièces les plus transgressives et baroques du répertoire moliéresque ?  « Je veux faire entendre et pousser le plus loin possible le féminisme de Molière, et montrer comment à l’aide de la religion, les hommes dominent la société des femmes. C’est cette problématique du retour de la religion que je veux traiter dans cette nouvelle lecture (…). L’Ecole des femmes n’est pas une farce, ni une tragédie, c’est bien une comédie en cinq actes et en vers, un genre nouveau que Molière a su inventer ». De cette volonté initiale témoigne avec emphase un élément de décor, l’imposant christ en croix suspendu dans les airs – véritable « happening » dramatique au moment de son dévoilement -, d’autant plus impressionnant que, selon le parti pris artistique qui signe les créations du directeur de la compagnie Les Géotrupes, la scénographie est réduite à sa plus simple expression : deux doubles échelles, une chaise en forme de Prie-dieu, des tentures et pendrions noirs. Un choix formel qui répond à une autre exigence : « l’importance de faire dire au texte tout ce qu’il a à nous dire (…) en poussant l’interprétation des personnages à la plus grande sincérité ».

 Pris au piège de la farce

 Deux comédiens, Marion Noone (Agnès) et Matthieu Dessertine (Horace), répondent avec cran à cette aspiration. Ils échappent merveilleusement à la caricature de leurs rôles d’amoureux mythiques avec la fraîcheur et la spontanéité requises, quand le couple de paysans (Rose Mary d’Orros et Belaïd Boudelall), Chrysalde (Gérard Dumesnile), et Arnolphe, joué par Christian Esnay lui-même, succombent, pour les uns à l’affectation, pour les autres à l’exagération. L’écueil de la farce – piège tendu avec éclat dans cette pièce « vraie d’une vérité supérieure » par ce farceur de Molière – se referme sur l’ensemble de la représentation par manque de sobriété et de cohérence. Le noble souci de la proximité avec le public, qui anime les mises en scène de la Compagnie, ne rencontre avec cette création que des effets de jeux convenus ou exagérés. La subtilité d’un texte regardé comme l’une des premières comédies à tirer vers le réalisme noir, « moule en creux » de la tragédie, est perdue. On ne saurait en rire quand on devrait en pleurer.

Marie-Emmanuelle Dulous de Méritens

 

A propos de l'événement

L’Ecole des femmes de Molière par Christian Esnay
du Mercredi 30 janvier 2019 au Samedi 2 février 2019
Théâtre Jean Arp
22, rue Paul Vaillant-Couturier, 92 140 Clamart.

Le mercredi, vendredi, samedi à 20h30, le jeudi à 19h30.Tout public à partir de 14 ans. Durée : 2h.  Tél : 01 71 10 74 31


En tournée : le jeudi 7 février 2019 à L’Avant Scène, scène conventionnée de Cognac, le vendredi 8 mars 2019 au Théâtre Beaumarchais à Amboise, du mardi 19 mars au 24 mars 2019 aux Transversales à Verdun, le mardi 26 mars et le mercredi 27 mars 2019 au Relais culturel de Haguenau, le jeudi 28 mars 2019 à la Castine à Reichshoffen, le jeudi 4 avril 2019 au Théâtre du Chevalet à Noyon, le mardi 9 avril 2019 au Théâtre des Trois Ponts à Castelnaudary, le vendredi 12 avril au Théâtre de Poissy, le mardi 23 avril 2019 à la Scène nationale 61 à Alençon


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