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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

L’Art du théâtre / De mes propres mains de et par Pascal Rambert avec Arthur Nauzyciel

L’Art du théâtre / De mes propres mains de et par Pascal Rambert avec Arthur Nauzyciel - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Rond-Point
Pascal Rambert (à gauche) et Arthur Nauzyciel. Crédit : Marc Domage

texte et mes Pascal Rambert

Publié le 24 janvier 2019 - N° 273

Pascal Rambert met en scène Arthur Nauzyciel dans deux de ses monologues : L’Art du théâtre et De mes propres mains. Une double mise en parole des gouffres et des élans vitaux inhérents à la condition humaine.

On connaît davantage Arthur Nauzyciel comme metteur en scène que comme comédien. Comment vous est venue l’envie de lui confier l’interprétation de ces deux monologues ?

Pascal Rambert : En le voyant en 2012, au Théâtre des Gémeaux à Sceaux, faire des claquettes dans l’un de ses spectacles : Jan Karski (mon nom est une fiction). Je l’ai trouvé absolument incroyable. Arthur fait non seulement partie des artistes que j’aime, des artistes pour lesquels j’ai beaucoup de respect, mais il est aussi l’un de mes meilleurs amis. Un jour, je lui ai fait lire De mes propres mains, un texte que j’avais écrit des années auparavant, en 1993, pour Charles Berling.

De quoi est-il question dans ce texte ?

P.R. : D’un homme au bord du gouffre qui prend la parole pour ouvrir le champ de ses peurs, de ses hantises, de ses découragements… Bille en tête, il va ainsi jusqu’au suicide. Cette nouvelle version interprétée par Arthur Nauzyciel a été créée aux Bouffes du Nord, en 2015. Puis, de la même façon, je lui ai fait lire L’Art du théâtre (ndlr, pièce créée par Lou Castel, en 2007, au Théâtre de Gennevilliers). Et nous nous sommes tous les deux dits qu’il serait intéressant de réunir ces monologues autour d’un même interprète, au sein d’un même spectacle.

Dans L’Art du théâtre, un acteur parle à un chien…

P.R. : Oui, un très gros chien, un Terre-Neuve. Ce comédien est un peu dépressif, un peu sur la touche. Il explique l’art de l’acteur à son animal. L’Art du théâtre et De mes propres mains donnent tous deux à entendre un moment de désarroi existentiel. Et je dois dire qu’Arthur est impressionnant dans ces deux textes…

Qu’est-ce qui vous séduit particulièrement dans sa nature de comédien ?

P.R. : C’est un acteur minéral. Contrairement à un interprète comme Stanislas Nordey, que j’admire également beaucoup, Arthur n’est pas un comédien projectif. Il garde les choses à l’intérieur de lui, les exprime sur le plateau à travers une sorte d’intensité nucléaire. Je trouve cette façon d’être en scène captivante, d’autant plus captivante qu’Arthur est un acteur préservé, un acteur que l’on a peu l’occasion de voir sur scène.

 « L’Art du théâtre, comme De mes propres mains, montre comment un être peut essayer de tenir droit grâce à la parole. »

 Quelle relation s’établit, dans L’Art du théâtre, entre le comédien et le chien présent sur le plateau ?

P.R. : Une forme de tension, qui unit ces deux présences évidemment très différentes. Le chien est en totale liberté : il fait absolument ce qu’il veut. Il va, il vient, se couche, se relève… Rien n’est déterminé à l’avance, on ne peut jamais prévoir ses réactions. Avec lui, il y a ce personnage d’acteur qui lui confie des choses sur sa vie, sur ses expériences de comédien. Comme la plupart de mes textes, L’Art du théâtre est une pièce sur l’écoute. On voit quelqu’un qui explique à son animal ce que c’est qu’être sur un plateau, jouer, regarder, écouter…, quelqu’un qui va contre des idées toutes faites, contre les visions généralement admises sur l’art du théâtre. On ne sait jamais vraiment si ce qu’il raconte est vrai ou faux, s’il invente des fadaises ou s’il dit la vérité. Face à cette incertitude, la présence du chien apporte une forme de concret, nous ramène au réel du temps présent.

 Tout comme dans De mes propres mains, ce personnage d’acteur exprime des choses fortes sur la condition humaine…

P.R. : Oui, car il fait face à une solitude irréductible. Cet homme qui parle de la sorte à son chien, qui explique à son animal – un être muet, qui ne peut lui répondre – de quelle façon du texte peut surgir à l’intérieur d’un acteur, laisse en effet percevoir des choses extrêmement touchantes sur le sens de l’existence et de la condition humaine. Finalement, L’Art du théâtre, comme De mes propres mains, montre comment un être peut essayer de tenir droit grâce à la parole.

 Ce pouvoir de la parole vous semble-t-il être au cœur de votre écriture ?

P.R. : Absolument. Que ce soit dans Clôture de l’amour, dans Actrice, dans Sœurs ou dans Répétition…, je montre des gens qui s’aiment et qui s’affrontent à travers des mots. Les personnages de ces pièces vacillent. Mais grâce à la parole, ils parviennent malgré tout à tenir debout.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

L’Art du théâtre / De mes propres mains de et par Pascal Rambert avec Arthur Nauzyciel
du Mercredi 6 février 2019 au Dimanche 3 mars 2019
Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris

Salle Jean-Tardieu. Du 6 février au 3 mars 2019 à 20h30, les dimanches à 15h30. Relâches les lundis et les mardis. Durée de la représentation : 1h30. Tél. : 01 44 95 98 21. www.theatredurondpoint.fr.


Egalement du 6 au 8 mars 2019 au Théâtre national de Bretagne.


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