La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

L’Ecole des femmes

L’Ecole des femmes - Critique sortie Théâtre Paris Odéon-Théâtre de l’Europe
Suzanne Aubert et Claude Duparfait dans L’Ecole des femmes. Crédit : Simon Gosselin

Odéon – Théâtre de l’Europe / de Molière / mes Stéphane Braunschweig

Après Le Misanthrope en 2003 et Le Tartuffe en 2008, le metteur en scène Stéphane Braunschweig poursuit son exploration du théâtre de Molière avec L’Ecole des femmes. Sans convaincre.

Installés sur des vélos d’intérieur, dans ce que l’on imagine être une salle de sport, Arnolphe (Claude Duparfait) et Chrysalde (Assane Timbo) pédalent en discourant. Les pieds et les rimes des alexandrins se déploient, tandis que les muscles des comédiens sont eux aussi à l’œuvre, faisant tourner les roues des bicyclettes et projetant les vers de Molière dans une contemporanéité quelque peu tape-à-l’œil. Les deux personnages s’entretiennent d’un sujet d’importance : l’union matrimoniale. Homme d’un certain âge, célibataire endurci, Arnolphe explique à son ami qu’ayant toujours craint de s’attacher une compagne infidèle, il a de longue date conçu le projet d’épouser Agnès (Suzanne Aubert), jeune fille qu’il a fait extraire du monde à l’âge de quatre ans pour la cloîtrer entre les murs d’un couvent. Ayant grandi loin des tentations et des duplicités d’une société qui, le vieux garçon en est convaincu, entraînent les femmes hors du chemin de la vertu, Agnès fera une épouse parfaite… C’est ainsi que débute L’Ecole des femmes, comédie aux accents abrupts que le directeur du Théâtre de l’Odéon met en scène sans vraiment rendre vivantes, tranchantes, poignantes, sa violence et son universalité.

Une pièce d’hier comme d’aujourd’hui

 Car les mésaventures d’Agnès sont d’hier comme d’aujourd’hui. Elles devraient, plus que nous faire rire, nous ramener à la gravité des abus que continuent de subir les femmes, plus de 350 ans après la création de la pièce. Mais si l’on écoute la belle langue de Molière qui s’affirme en pointant du doigt l’absurdité du système patriarcal, cette absurdité ne fait jamais réellement sens au-delà des situations de théâtre qui la mettent en jeu. La faute, sans doute, à la direction d’acteurs qui ne parvient pas à faire apparaître la complexité et la profondeur humaines des personnages. Claude Duparfait, dans une partition souvent en surjeu, transforme Arnolphe en figure farcesque et assez monolithique. Agnès, de même, confine à une forme d’archétype. Il manque à tout cela de l’intériorité, des paradoxes, des failles, du mystère… Un peu comme si cette mise ne scène de L’Ecole des femmes ne rendait compte que du champ du visible, de l’admis, du résolu. Et oubliait de la sorte d’investir les zones plus troubles, plus dangereuses, des précipices qui se cachent au fond des êtres.

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

L’Ecole des femmes
du Vendredi 9 novembre 2018 au Samedi 29 décembre 2018
Odéon-Théâtre de l’Europe
place de l’Odéon, 75006 Paris

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h. Relâches exceptionnelles : le dimanche 2 décembre et le mardi 25 décembre. Durée de la représentation : 1h55. Tél. : 01 44 85 40 40. www.theatre-odeon.eu


Egalement les 8 et 9 janvier 2019 à la Scène nationale de La Rochelle, du 15 au 19 janvier à La Comédie de Clermont-Ferrand, les 29 et 30 janvier à la Scène nationale d’Annecy, du 5 au 8 février au Théâtre de Liège, du 6 au 9 mars à La Comédie de Saint-Étienne, du 20 au 22 mars aux Théâtres à Marseille, les 28 et 29 mars au Centre dramatique national de Besançon, du 23 au 26 mai au Centre dramatique national de Dijon.


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