La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Crash Park, la vie d’une île

Crash Park, la vie d’une île - Critique sortie Théâtre Nanterre Théâtre Nanterre Amandiers
Crash Park à Nanterre Amandiers © Martin Argyroglo

Théâtre Nanterre Amandiers / mes Philippe Quesne

Publié le 26 novembre 2018 - N° 271

Dans Crash Park, la vie d’une île, les rescapés d’un accident d’avion trouvent refuge sur une île déserte. Et fondent une drôle de communauté.

Tout commence en vidéo, façon parodie de films catastrophe, quand le calme règne dans l’avion, ironie d’avant le crash. On mange, on dort, on lit, sans voir que le malheur approche. Tout est déjà très drôle. Isabelle Angotti lit Où atterrir ?, un livre politique pessimiste de Benoît Latour. Et son compère historique de la compagnie Vivarium, Gaëtan Vourch, tente de caser sa longue carcasse ahurie dans l’espace exigu de son siège. L’univers de Quesne est ainsi constitué, de détails qui font signe, de motifs de réjouissance dérisoires, de clins d’œil qui font sourire et de blagues potaches. Les mêmes Isabelle Angotti et Gaëtan Vourch lors du plan suivant jouent les rôles du steward et de l’hôtesse qui passent les plateaux repas. Les passagers s’endorment tous en même temps, masque sur les yeux, et déjà ressemblent à des morts-vivants. La musique devient grandiloquente. Le crash survient. Huit d’entre eux ressortiront de la carlingue de l’avion brisée en deux, échouée près d’une île où apparaissent quelques taupes sorties du précédent spectacle de Philippe Quesne. L’île, ils la rallient en s’accrochant à une corde, épreuve de traversée qu’ils effectuent en mode télé-réalité. Jusque-là, on rit beaucoup, puis commence l’installation de cette communauté de rescapés qui, sur l’île, va inaugurer une civilisation.

Révolution ou sommeil, l’alternative est posée

A partir de là, tout devient plus ambigu. Dans les communautés que crée chaque spectacle de Philippe Quesne, on est bienveillants, solidaires, artistes, on se met à créer ensemble. A travers ces utopies de mondes sans rivalité, sans sexualité, sans violence, Quesne pratique un théâtre sans conflits, sans beaucoup de paroles non plus, constitué de tableaux auxquels la musique donne du sens. Dans ce dernier opus, elle occupe une place prépondérante. Nos huit rescapés s’engagent à la découverte de l’île, suivant leur guide. Une île qui tourne sans cesse sur elle-même. S’il ne suscite pas l’enthousiasme spontané de La Nuit des taupes, Crash Park perd en efficacité ce qu’il gagne en complexité. L’insouciance un peu mielleuse d’un Sinatra y cohabite avec la dévoration d’un poulpe Leviathan, extra-terrestre terroriste venu troubler la fête. Cette île Terre s’assoupit dans un optimisme hypnotique qui la détourne autant de la catastrophe que de son potentiel révolutionnaire. Révolution ou sommeil, l’alternative est posée. Plus pour longtemps. Sur l’île, tout du long, dans l’indifférence générale, comme une vanité dans le tableau, était allongé un squelette.

Eric Demey

A propos de l'événement

Crash Park, la vie d'une île
du Mardi 20 novembre 2018 au Dimanche 9 décembre 2018
Théâtre Nanterre Amandiers
7 Avenue Picasso, 92000 Nanterre

à 20h30, les 21,22 novembre et 7 décembre à 21h, le jeudi à 19h30, le samedi à 18h, le dimanche à 16h. Relâche le lundi et les 4,5 et 6 décembre. Tel : 01 46 14 70 00. Durée : 1h45


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