Aurélie Van Den Daele livre une « Cerisaie » qui questionne les héritages et résonne avec le présent
Avec une distribution intergénérationnelle et [...]
Avec Le Parfait Manuel, Mariana Lézin et Paul Tilmont proposent une délicieuse satire politique sur la fabrication du dictateur et le vacillement de la démocratie. Une mise en scène audacieuse oscillant du comique au tragique qui remplit brillamment son office. À voir !
« Mesdames et Messieurs, Ladies et gentlemen (…) Approchez, approchez, braves gens, n’ayez pas peur ! Ensemble nous apprendrons comment devenir un parfait petit dictateur en 10 leçons. » C’est ainsi que s’ouvre la pièce et que l’exubérant trio de comédiens nous interpelle. Au début le ton est léger, ludique, porté par une musique burlesque. Nos trois protagonistes se répartissent les rôles et annoncent la couleur – devant nous seront décortiqués le processus de création d’un tyran, l’amoindrissement de l’humanité au fur et à mesure que l’ivresse du pouvoir contamine l’être. Lui, l’apprenti dictateur, sera incarné par Paul Tilmont, Elle, l’actrice qui maîtrise les rouages de la séduction, l’alliée charismatique, par Pauline Vaubaillon. Enfin, Al, l’homme d’argent, magnat des médias, par Brice Cousin. Savoureuse équipe, ils donnent pleinement vie à leur personnage, passant de l’humour au drame, laissant à voir comment le pire (Lui) comme le meilleur (Elle) peuvent émerger d’une même impulsion. Volontairement anonymes pour souligner l’universalité de la construction du mal, ils évoluent sous nos yeux, dans une mise en scène dense qui fourmille d’inventivité.
Proposition audacieuse
Musique, intermèdes vidéo, marionnettes, irruptions comiques, Paul Tilmont et Mariana Lézin s’emparent de leur sujet avec audace et usent de nombreux ressorts pour illustrer le basculement d’un homme et d’une société vers un régime totalitaire. L’humour déjà, qui attrape le spectateur et tranche avec la tragédie qui se joue devant nous. La détérioration physique de l’apprenti aussi, son bras se déformant toujours plus, au fur et à mesure que sa transformation en dictateur opère et que son projet mortifère avance. Des références ô combien puissantes sont convoquées – Hannah Arendt, Richard III, L’Archipel du goulag… – et accompagnent la fiction. Si quelques sous-entendus se glissent sur scène, les auteurs ont tenu à ne pas citer explicitement les tyrans historiques et contemporains pour mettre l’accent sur les moyens universels qui permettent à l’autoritarisme de s’installer – universalité également de la résistance qui s’organise face au pire. Le réel est pourtant omniprésent en toile de fond. Avec Le Parfait Manuel, se déploie toute la force de la satire politique pour regarder en face les dangers sans cesse réactivés qui guettent la démocratie.
Hanna Abitbol
mercredi, jeudi à 19h, vendredi et samedi à 21h15, dimanche à 15h, relâches les 15 avril et 6 mai. Tél. : 01 48 06 72 34. Durée : 1h27.
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