La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Le Faiseur

Le Faiseur - Critique sortie Théâtre Lattes Théâtre Jacques-Cœur
Crédit photo : DR

Théâtre Jacques-Cœur de Lattes puis tournée / Le Faiseur / d’Honoré de Balzac / mes Robin Renucci

Publié le 29 janvier 2015 - N° 229

Depuis 2011, le CDN des Tréteaux de France thématise ses projets pluriannuels. Reconduit à sa tête pour un deuxième mandat, Robin Renucci inaugure avec Le Faiseur les saisons 2015/2018 qui porteront sur le travail, la richesse, et la création de la valeur

« Le théâtre de Balzac est un  théâtre de l’ultime, un théâtre voyant. »

 Pourquoi avoir choisi cette pièce de Balzac ?

Robin Renucci : Après un premier cycle sur la notion d’emprise, qui correspondait à mon premier mandat à la tête des Tréteaux de France, nous inaugurons avec cette pièce le cycle sur le travail et la valeur. Balzac écrit en 1848 une œuvre majeure sur la transformation de la société. On est à l’aboutissement de la révolution industrielle ; commence alors une période dont nous vivons aujourd’hui sinon l’achèvement, au moins le soupçon de sa fin prochaine. Cette période est celle où la valeur de la vie devient virtuelle, elle est celle de la banque, du profit, de la dette, celle où à partir du vide, on fait de l’argent. Mettre en lumière le début de cette période permet donc de mieux questionner notre monde.

Qui est Mercadet, le héros de la pièce ?

R. R. : Mercadet est un faiseur, c’est-à-dire un affairiste. Il habite rue Gramont dans un appartement qu’il loue, c’est-à-dire qu’il ne paie pas. Trois préoccupations l’obnubilent et servent de fils conducteurs à l’intrigue : comment ne pas payer ses dettes ; comment marier sa fille, qui est laide, à un riche parti ; comment faire patienter les créanciers dans l’attente de l’associé qui doit venir avec l’argent mais qui n’arrive pas. Au milieu de tout cela, un krach boursier, des délits d’initiés, la danse macabre des créanciers, la femme de l’affairiste qui a encore un peu de morale, la fille laide mais amoureuse, et des jeunes gens à la Lucien de Rubempré. Mercadet est un magicien du virtuel, un peu comme Madoff : un prestidigitateur du rien. La pièce parle beaucoup à et de notre époque, entre un monde financier de la spéculation qui s’écroule et un monde nouveau qui pointe et qu’il va falloir construire. Tout cela écrit dans une langue magnifique, sur un sujet absolument contemporain, pour une pièce réduite en sa longueur et remarquablement adaptée par Evelyne Loew. Le théâtre de Balzac est un  théâtre de l’ultime, un théâtre voyant.

Comédie ou tragédie ?

R. R. : C’est une comédie acide, dans la folie autant que dans l’humour. On y rit : les Tréteaux de France font un théâtre qui donne de la joie, c’est sa mission. On entend une langue forte. Mais cette pièce est aussi l’occasion de dire notre amour des métiers du théâtre, qui ne se réduit pas au jeu. Dans un univers de 1840, noir, avec le sentiment du vide, débarrassé de ses meubles comme s’il y avait eu une saisie ou si on était en train de tout refaire, la scénographie de Samuel Poncet crée un univers très luxueux. Une dizaine de comédiens virtuoses portent haut le théâtre, et tous les corps de métier donnent le meilleur d’eux-mêmes : cela fait aussi partie de nos missions de soutenir les métiers des artistes qui ne sont pas comédiens.

Quelle est cette mission à laquelle vous accordez tant d’importance ?

R. R. : Notre mission est d’aller partout où le théâtre n’est pas. Apporter le même objet luxueux dans une halle, une salle des fêtes, un lieu a priori non propice au théâtre, et y représenter la même chose que dans un lieu équipé. Aller partout, c’est aller avec le même objet pour tous. Aller partout hors des lieux de concentration, dans les petites villes, les villages qui deviennent un peu invisibles. Et partout, travailler la parole, donner la parole : à chaque fois que nous nous installons sur un territoire, nous y résidons et mettons en place des ateliers de lecture, d’écriture, des débats, pour imposer et rendre vivante l’éducation populaire, dans la fidélité à nos missions de création et de formation. Au bout de quatre ans, notre équipe est devenue très forte et chacun s’est approprié notre projet, auquel le Ministère adhère en nous renouvelant sa confiance. Je crois que nous sommes dans le vrai par rapport à notre désir initial.

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Le Faiseur
du Vendredi 27 mars 2015 au Dimanche 29 mars 2015
Théâtre Jacques-Cœur
1050 Avenue Léonard de Vinci, 34970 Lattes, France

Les 27, 28 mars 2015 à 20h30 et le 29 mars à 19h30 ; puis en tournée à partir de l’été 2015. Tél. : 04 99 52 95 00. Site : www.treteauxdefrance.com


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