La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Requiem

Requiem - Critique sortie Théâtre Tours Théâtre Olympia
Requiem, mis en scène par Cécile Backès. Crédit visuel : Thomas Faverjon

Région / Critique / en tournée / de Hanokh Levin / mes Cécile Backès

Publié le 29 janvier 2015 - N° 229

Après Shitz en 2008, la metteure en scène Cécile Backès revient au théâtre de Hanokh Levin avec Requiem, l’avant-dernière pièce écrite par l’auteur israélien. Entre loufoque et funèbre, une fantasmagorie pleine de sensibilité sur l’expérience de la finitude humaine.

Tout commence par un air populaire. Devant un rideau resté baissé, des joueurs de grosse caisse, de violon, de flute traversière, d’accordéon, ainsi que trois chanteurs, s’avancent et se lancent dans une complainte. C’est le début de Requiem*, avant-dernière pièce de Hanokh Levin, écrite alors que l’auteur se savait condamné par un cancer (maladie qui l’a emporté en 1999, à l’âge de 55 ans). Cette séquence introductive – prégnante et mélancolique – donne la note à toute la représentation que met en scène, avec beaucoup d’habileté, la nouvelle directrice de la Comédie de Béthune (il s’agit de la première création de ce texte en langue française). Car si, comme nombre d’œuvres du dramaturge israélien, Requiem navigue entre loufoque et funèbre, elle le fait de manière moins enjouée, moins ardente que des pièces comme Shitz, Kroum l’ectoplasme ou Yaacobi et Leidental… Bien sûr, l’humour est au rendez-vous. Des éclats de farce transpercent même, par moments, l’avancée sur les chemins de la mort de ce conte théâtral. Mais une forme de gravité ne quitte jamais réellement Requiem.

« Rit bien qui ne pleure pas encore… »

Inspirée de trois nouvelles d’Anton Tchekhov, le texte se situe à la croisée de plusieurs destinées humaines : celle d’un fabricant de cercueil qui accompagne sa femme jusqu’au trépas, celle d’une jeune mère qui tente de sauver de la mort son nourrisson, celle d’un cocher qui vient de perdre son fils. Fidèle à l’univers pluriel de l’auteur, la mise en scène de Cécile Backès compose un entre-deux empruntant à la fois au grotesque et au métaphysique, au trivial et au poétique. Le résultat est très touchant. Prenant en charge les douze rôles du spectacle, Philippe Fretun, Félicien Juttner, Maxime Le Gall, Anne Le Guernec, François Macherey, Simon Pineau et Pascal Ternisien révèlent toute l’exigence et la sensibilité de cette pièce testamentaire. « Qu’elles rient, dit le fabricant de cercueil à propos de deux prostitués s’esclaffant à côté de lui. Elles le sauront bientôt : en ce monde, rit bien qui ne pleure pas encore. » Voilà éclairée, en une réplique, la ligne de force autour de laquelle se déploient les bouffées de lucidité et les extravagances de ce théâtre de l’existence.

Manuel Piolat Soleymat                                                                                               

* Pièce éditée par les Editions Théâtrales dans Théâtre choisi VI – Pièces mortelles, traduction de Laurence Sendrowicz.

A propos de l'événement

Requiem
du Mercredi 11 février 2015 au Samedi 9 mai 2015
Théâtre Olympia
7 Rue de Luce, 37000 Tours, France

Les 11 et 13 février 2015 à 20h, le 12 février à 19h, le 14 février à 17h. Durée de la représentation : 1h20. Tél. : 02 47 64 50 50. www.cdrtours.fr. Spectacle vu à la Comédie de Béthune – Centre dramatique national Nord-Pas de Calais.  Egalement du 3 au 6 février 2015 à La Manufacture – Centre dramatique national de Nancy, du 12 au 14 mars au Centre dramatique national de Sartrouville et des Yvelines, du 18 au 20 mars à la Comédie de l’Est - Centre dramatique national de Colmar, du 5 au 9 mai au Théâtre des Célestins à Lyon.


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