Théâtre - Critique

L’Autre Fille

Marianne Basler © Julien Piffaut

d’Annie Ernaux / mes Marianne Basler et Jean-Philippe Puymartin

Marianne Basler porte avec une grande justesse le texte d’Annie Ernaux sur sa sœur disparue deux ans avant sa naissance.

Il y a quelques années, les éditions Nil lançaient la collection « Les Affranchis » dont le principe est de publier une lettre jamais écrite à une personne chère. C’est dans ce cadre qu’en 2011, Annie Ernaux signait L’Autre Fille, un texte révélant l’histoire de sa sœur Ginette, morte à l’âge de six ans, deux ans avant sa naissance. Une courte existence emportée par la diphtérie qu’Annie Ernaux découvre, enfant, en interceptant une conversation entre une cliente et sa mère : « Elle était plus gentille que celle-là ». Avec cette phrase, c’est toute l’assurance de l’enfant unique qui fond comme neige au soleil. Ainsi, il y en avait une autre, une à qui les mêmes parents, plus jeunes, pas encore marqués par le deuil ni la guerre, avaient transmis de l’amour, acheté un lit en bois de rose, offert un cartable pour l’entrée à l’école primaire, tous objets avec lesquels Annie Ernaux avait toujours vécu sans avoir jamais rien su de leur destination première. Une qui par sa mort a accédé au rang de sainte.

Le mystère de la relation sororale

Se construire avec ce secret qu’elle n’a jamais cherché à lever pendant qu’il en était encore temps, comprendre ce que l’écriture doit à la morte, cette « forme vide impossible à remplir d’écriture », questionner le mystère de cette relation sororale, telle est la matière de ce texte mis en scène par Marianne Basler et Jean-Philippe Puymartin. Ils ont opté pour la sobriété, un choix judicieux face à ce monologue intime. Sur le plateau, une grande porte en fond de scène, un petit bureau à cour, des boules de papier froissé à terre témoignent de l’écriture en train de s’accomplir et de sa difficulté. Parfois, des bribes de cris d’enfants ou une petite note inquiétante égrenée au piano viennent évoquer le fantôme de la sœur disparue. Mais c’est surtout Marianne Basler qui incarne la pensée de l’écrivaine à l’œuvre. Avec sa voix bien posée, perlée parfois de fêlures, avec son jeu d’une grande tenue, net et sans pathos, elle colle au plus près de l’écriture précise et cérébrale d’Annie Ernaux. Elle en est même si convaincante qu’on a l’impression, par moments, de voir l’auteure elle-même avec qui elle partage l’élégance et la blondeur.

 

Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

L’Autre Fille
du Mardi 6 novembre 2018 au Samedi 1 décembre 2018
Les Déchargeurs
3 rue des Déchargeurs, 75001 Paris.

Du mardi au samedi à 21h. Tél. : 01 42 36 00 50. Durée : 1h10. Une production déléguée de l'Espace des Arts, Scène nationale Chalon-sur-Saône.


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