« Expérience #4 – Kabarett » : les apprentis de l’ESCA d’Asnières montrent leur maturité scénique
Les apprentis de l’ESCA d’Asnières [...]
Directeur du Nouveau Théâtre de Besançon depuis janvier 2024, Tommy Milliot met en scène une nouvelle version de L’Arbre à sang, pièce du dramaturge australien Angus Cerini qu’il a une première fois créée en 2023, dans une forme itinérante. Portée avec brio par Dominique Hollier, Lena Garrel et Aude Rouanet, la poétique de ce théâtre de la violence fait éclater la densité d’un quotidien réinventé.
L’une, M’Man, lui a tiré une balle dans le cou. Les deux autres, Ada et Ida, lui ont foutu un coup sur la tête et défoncé les genoux. Toutes trois l’ont tué. De concert. Elles ont mis hors d’état de nuire ce mari et père malveillant, cogneur, violeur, cet homme brutal qui faisait de leur vie un calvaire permanent. Son corps inanimé gît devant elles, soudainement dérisoire et encombrant. Elles veulent s’en débarrasser pour camoufler leur crime. M’Man : « Sont où maintenant tes coups tordus bonhomme dégueu si tant bizarre ? ». Ida : « Repose en paix papa crétin ». Ada : « Mange du vomi en enfer ». Ces adieux faits de soulagement, d’ivresse, d’exaltation, mais aussi de culpabilité, vont donner lieu, une heure durant, à un théâtre d’une densité rare. Un théâtre de langue qui, par le biais de boucles de paroles, de ritournelles sauvages et macabres, contourne les chemins ordinaires du naturalisme et de la psychologie pour faire naître un réel au bord du surréalisme.
Ritournelles sauvages et macabres
Une puissance organique monte, enfle, s’impose, inexorablement, une forme d’intensité charnelle par moments trouée d’éclairs loufoques. Tommy Milliot orchestre de main de maître la matière singulière faisant de L’Arbre à sang un texte qui marque. Le metteur en scène (qui signe la scénographie et les costumes du spectacle, les lumières sont de Nicolas Marie) place ses talentueuses interprètes au sein d’un espace à l’élégance abstraite. Ici, un mur, un banc et le vide leur faisant face servent de caisse de résonnance aux mots. Ces derniers jaillissent comme des soubresauts de l’âme. Véritables musiciennes, Lena Garrel, Aude Rouanet et Dominique Hollier (également traductrice du texte, publié aux Éditions Théâtrales) forment un trio surprenant. Elles rythment la langue d’Angus Cerini de manière tout à la fois concrète et inattendue, triviale et poétique. Elles font battre le cœur farouche des personnages qu’elles incarnent, des femmes qui se redressent, qui disent, qui agissent. Des femmes qui nous entraînent dans un monde d’audaces et de défis sans un instant baisser les bras ou la voix.
Manuel Piolat Soleymat
Le mardi et le mercredi à 20h, le jeudi et le vendredi à 19h, le samedi à 17h.
Durée : 1h.
Tél. : 03 81 88 55 11.
www.ntbesancon.fr
Également le 6 mars 2026 à Ornans (forme itinérante), le 7 mars à Byans-sur-Doubs (forme itinérante), le 8 mars aux Forges de Fraisans (forme itinérante), du 24 au 26 mars au Théâtre de Lorient, du 31 mars au 3 avril à La Commune – CDN Aubervilliers, les 28 et 29 avril au Théâtre Durance – Scène nationale de Château-Arnoux- Saint-Auban
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