La Terrasse

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Théâtre - Critique

Un Eté indien

Un Eté indien - Critique sortie Théâtre
Crédit : DR Légende : « Laurent d’Olce, Sylvain Ferrandes et Ruben Delamarche dans Un Eté indien. »

Publié le 10 avril 2011 - N° 187

Adapté d’une nouvelle de Truman Capote, Un Eté indien revient sur les souvenirs d’un homme arraché à ses racines, alors qu’il était enfant. Stéphanie Chévara met en scène un spectacle tout en tact et sensibilité. Un spectacle au centre duquel Laurent d’Olce signe une composition très touchante.

Ce n’est qu’après la disparition de Truman Capote (en 1984, alors que l’écrivain avait 59 ans) que Un Eté indien fut découvert parmi des archives par sa famille. Probablement écrite en 1946, à l’âge de 22 ans, cette nouvelle restée inédite jusqu’en 1986 revient sur les souvenir d’un Américain qui, enfant dans les années 1930, dut quitter ses grands-parents pour partir vivre dans un autre état avec ses parents. « Le jour où je dus quitter la maison de mon enfance en Virginie-Occidentale fut l’un des plus tristes de mon existence. Ma mère, mon père et moi habitions avec mes grands-parents une petite maison de bois à l’écart de la route et à plus de quarante kilomètres de la ville la plus proche. Cette maison nous avait été transmise de génération en génération, du moins c’est ce que m’avait dit mon grand-père… » Le remarquable Laurent d’Olce entre en scène en prononçant ces premières phrases d’un air rêveur. Il s’exprime lentement, posément. Son regard se porte comme naturellement sur le public. Il laisse durer certains silences, amorce des débuts de sourires. Puis il s’assoit face à nous, sur le bord de l’avant-scène, les jambes dans le vide, tel un conteur qui viendrait nous faire le récit de son histoire.
 
Les blessures de l’enfance
 
« Nous ne nous étions jamais séparés, mais comme j’étais bientôt en âge d’aller à l’école, mon père avait décidé de son propre chef de déménager en Virginie, de l’autre côté des montagnes, et de laisser sur notre terre mes grands-parents à la garde du nouveau fermier. Je n’oublierai jamais les jours qui précédèrent notre départ. C’était “l’été indien” et les feuilles d’un vert sans éclat se mettaient à flamber dans des tons orangés, rouges, jaunes et cramoisis… » C’est toute l’atmosphère du joli spectacle mis en scène par Stéphanie Chévara qui se retrouve dans le début d’Un Eté indien : une simplicité pleine de profondeur, de sensibilité ; une poésie du quotidien et de l’imaginaire. Jouant avec habileté d’un plateau divisé en plusieurs espaces à l’aide de draps blancs suspendus (la scénographie est de Susana Machado), la fondatrice de la compagnie Mack et les gars fait apparaître, aux côtés du narrateur, l’enfant (en alternance Ruben Delamarche et Arthur Minthe) et le jeune homme (Sylvain Ferrandes) que ce conteur a été. Voix off, jeux d’ombres, effets de clairs-obscurs, lignes musicales… Cette représentation, loin d’un réalisme pointilleux, privilégie l’effleurement, la suggestion. Ce faisant, elle donne naissance à un univers dépouillé qui, tout en servant avec beaucoup de justesse l’écriture de Truman Capote, permet à notre imaginaire de rejoindre et de s’approprier ces territoires de l’enfance.
 
Manuel Piolat Soleymat


Un Eté indien (spectacle tout public à partir de 8 ans), d’après la nouvelle de Truman Capote (traduction de Patrice Repusseau) ; adaptation et mise en scène de Stéphanie Chévara. Du 29 mars au 24 avril 2011. Le mardi, le mercredi et le vendredi à 20h30, le jeudi et le samedi à 19h, le dimanche à 16h. Plateau 31, 31, rue Henri-Kleynhoff, 94250 Gentilly. Réservations au 01 45 46 92 02. Durée du spectacle : 1h.

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