La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Puce à l’oreille

La Puce à l’oreille - Critique sortie Théâtre
Photo : Christophe Raynaud de Lage Femme de chambre et alcôve à l’Hôtel du Minet Galant.

Publié le 10 mars 2009

Paul Golub et sa troupe extravagante de comédiens délurés projettent sur la scène une Puce à l’oreille flambant neuve. Feydeau y pétille d’un rire souverain, libérateur et tonique.

Comique de situation, hasards malencontreux, face-à-face entre des personnes qui devraient s’éviter, La Puce à l’oreille (1907) de Feydeau n’y va pas par quatre chemins. Ce que le personnage de fiction redoute – son implication dans le jeu croisé et improbable des époux et épouses, amants et maîtresses – se produit immanquablement en provoquant chez le spectateur un rire éclatant. Le vaudeville taille à la serpe le champ des fausses apparences et des hypocrisies vulgaires d’une bourgeoisie parvenue. Ainsi, Raymonde de Chantebise, avec le panache d’Émeline Bayart, soupçonne son très sérieux Victor-Emmanuel de Chantebise de la tromper – David Ayala en homme d’affaires obtus rivé à son job. À l’origine du comique est le doute, cet état d’incertitude, de suspension et de défiance qui fait qu’on ne parvient pas à décider du vrai ou du faux. Et la confiance en ce que l’on croyait savoir s’écroule brutalement. Ainsi, Raymonde Chantebise fait bruyamment appel à son entourage afin de démasquer le mensonge, à son amie Lucienne (dégaine inouïe de Stéphanie Pasquet) ou à son propre soupirant et ami de la famille, Romain Tournel (Brontis Jodorowsky, bourreau des coeurs).

Des figures savoureuses et grotesques, victimes du mépris social

Le lieu stratégique, représentatif de l’arrivisme collectif et du chaos des vies sexuelles, est l’Hôtel du Minet Galant où les personnages de l’intrigue – médecin, secrétaire, valet – accomplissent un chemin de croix hors du salut. Ce sont des ombres humaines qui hantent ces alcôves, comme le valet Poche – sosie exact de Chantebise, interprété comme attendu par le même David Ayala, cette fois sauvageon hagard et malmené. Une cascade de quiproquos s’ensuit et la comédie légère et divertissante bat son plein, propice aux rebondissements et aux exagérations loufoques. D’autres figures cocasses logent dans cette maison close où ne vont que les couples mariés, « mais pas ensemble ». Le plaisir du spectateur est entier, le rire le maintient dans un état de supériorité et de distance face à la bêtise ridicule. Les comédiens, dirigés par Paul Golub, croquent des figures savoureuses et grotesques, victimes du mépris social et du peu de cas qu’on fait d’elles. Or, même si Stendhal écrit que « le comique franc n’est pas permis à une femme : on ne lui pardonne guère de montrer un ridicule réel, cela lui ôte toute grâce… », il nous faut saluer les silhouettes de comédie inventées par les métiers d’Émelyne Bayart, de Stéphanie Pasquet et de Carolina Pecheny-Durozier. Un rire sans entraves.

Véronique Hotte


La Puce à l’oreille
De Georges Feydeau, mise en scène de Paul Golub, du 13 au 22 mars 2009, tous les jours 20h30, sauf jeudi 19h30, relâche lundi et représentation supplémentaire le 21 à 15h au Théâtre de la Piscine à Châtenay-Malabry 92200 Tél : 01 46 66 02 74
Les 4 et 5 avril 2009 à L’Avant Seine, Théâtre de Colombes 92700 Tél : 01 56 05 00 76
Les 21, 22 et 23 avril 2009 à 20h30, sauf le 22 à 19h30 au Festin CDN de Montluçon 03100 Tél : 04 70 03 86 18

Spectacle vu à L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet

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