La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Sarkis Tcheumlekdjian

La poésie universelle de la scène

La poésie universelle de la scène - Critique sortie Avignon / 2010

Publié le 10 juillet 2008

La Compagnie Premier Acte de Sarkis Tcheumlekdjian revient à Avignon avec deux spectacles : Erendira, deuxième volet du diptyque Macondo-Erendira d’après Gabriel Garcia Marquez, et Les Méfaits du mariage, création d’après Anton Tchekhov.

Comment avez-vous abordé la prose romanesque de Garcia-Marquez, empreinte de réalisme magique et où les images sont si impressionnantes ?
 
Sarkis Tcheumlekdjian : La prose de Garcia Marquez réveille nos imaginations, fait ressurgir ces mondes dont nous ignorions même que nous les abritions. Il suffit de l’écouter pour s’apercevoir qu’elle est une musique avant d’être une image. (On y entend les branches épineuses de l’argémone griffer le vent avec un bruit de couteau qu’on aiguise.) Notre premier travail a donc été de choisir les musiques et les matières sonores qui illustreraient le spectacle. En misant essentiellement sur la mémoire sensorielle du spectateur, autrement dit ses souvenirs auditifs (ou sa nostalgie), nous l’invitons à participer activement à la transposition scénique… La présence des conteuses a permis de l’associer définitivement à ce travail. Dévideuses de cette incroyable histoire, elles donnent au récit son rythme et sa tonalité. Plus qu’ils ne les accompagnent, leurs mots font naître les images, font surgir, tels des pantins, les personnages qui apparaissent et disparaissent dans des halos de lumières comme dans les rêves ou les cauchemars… Car ici, même l’effroyable est poétique.
 
 « La prose de Garcia Marquez réveille nos imaginations. »
 
Qui sont les personnages de la fable ?
S. T. : Les principaux protagonistes de la fable sont la jeune (et peut-être candide) Erendira – orpheline de père et de mère, acquiesçant et ne discutant jamais – et sa Grand-mère, personnage mythique et diabolique aux allures de souveraine d’un royaume imaginaire. Mais aussi une bicyclette qui avance en toute immobilité, un perroquet de chiffons, des rubans qui font retentir des clochettes, des personnages muets dont la voix vient d’ailleurs. Et toujours ces deux conteuses interférant le passé et le présent, le rêve et la réalité, les morts et les vivants. Ce qui naît sur scène est le résultat d’un  « fond poétique commun »…
 
Les Méfaits du mariage, d’après La Demande en mariage et Les Méfaits du tabac de Tchekhov, compte trois comédiennes. Est-ce une pièce sur le couple et le temps qui altère l’existence ?
 
S. T. : Les trois comédiennes réunies autour de cette adaptation interprètent « Tchekhov » sous toutes ses facettes : l’écrivain, le médecin, mais aussi le mari… Les textes qui servent le spectacle sont en effet extraits de son œuvre littéraire, mais aussi de ses carnets de médecine et de sa correspondance avec Olga Knipper, sa future épouse. Et bien au-delà des méfaits du mariage, c’est de l’absurdité cruelle de la vie dont nous parle le spectacle. La décrépitude de la vieillesse, le sentiment nostalgique d’une vie non vécue, le temps passé trop vite, y apparaissent bien plus terribles que les soucis et les désagréments de la vie conjugale…
 
L’humour est-il présent dans cette pièce ? De quelle façon ? Qu’appréciez-vous particulièrement dans ces comédies de Tchekhov ?
 
S. T. : Les correspondances, autant que les comédies ou les drames de Tchékhov, sont intéressantes parce qu’elles montrent la capacité de l’écrivain à parler de l’important, du significatif, sur le ton de la plaisanterie, comme par mégarde, sans longs éclaircissements. L’humour est présent dans chacune de ses œuvres, chacune de ses lettres, chacune de ses notes. Il est d’autant plus présent dans cette adaptation que l’homme et la femme, ici, ont cessé de croire en leur mariage pour n’y voir qu’une dispute agréable, une mascarade, un jeu truqué, « une farce de collégien. » J’espère que le résultat de ces “méfaits“ sera à la fois grinçant et terrible par sa drôlerie, autant que par sa dénonciation du destin de l’homme (et de la femme)… 
 
 
Propos recueillis par Agnès Santi


Avignon Off. Erendira d’après Gabriel Garcia Marquez, adaptation et mise en scène Sarkis Tcheumlekdjian, du 8 au 31 juillet à 11h au Théâtre du Chien qui fume, 75 rue des Teinturiers. Tél : 04 90 85 25 87. Les Méfaits du mariage d’après Anton Tchekhov, du 8 au 31 juillet à 20h30 au Théâtre du Petit Chien, 76 rue Guillaume Puy. Tél : 04 90 85 89 49. 

A propos de l'événement



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