La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Denis Chabroullet

La Mezzanine retrouve la parole !

La Mezzanine retrouve la parole ! - Critique sortie Avignon / 2010

Publié le 10 juillet 2008

Deux femmes et l’amour ! L’oie blanche d’un côté ; la Dame de cœur de l’autre. Deux mantes tueuses, un vélo immobile en échappatoire improbable et Chabroullet en chef d’orchestre !

Quelle est la place de ce spectacle dans l’ensemble de l’œuvre du Théâtre de la Mezzanine ?
Denis Chabroullet : Entre Les Chants d’amour et Didon et Enée, j’avais envie de monter un spectacle plus léger. J’ai reçu une proposition de texte… Puis l’idée m’est venue de l’écrire moi-même. Cela fait vingt ans que je fais des spectacles sans paroles. J’écris d’autres textes mais j’ai voulu me mettre en danger dans cette écriture-là et affronter cette aventure riche et intéressante. Ce spectacle, en cela, semble n’avoir rien à voir avec les précédents et pourtant si ! Il s’inscrit dans une continuité dont la cage, sur laquelle évoluent les comédiennes, conserve la mémoire. C’est un spectacle qui fait partie de l’histoire de la Mezzanine, comme si cette histoire était un fondu enchaîné, entre souvenirs du passé et annonce de la suite.
 
Qu’est-ce qui compose ce matériau textuel ?
D. C. : J’ai écrit pour deux comédiennes avec lesquelles je travaille depuis longtemps. Avec leur accord, j’ai écris à partir de ce que je connais d’elles, à partir de ce que j’ai ressenti dans les échanges avec elles, en les regardant, les observant. J’ai créé deux personnages en opposition, deux natures humaines différentes en partant aussi de choses qui sont en moi ou que j’ai ingérées par l’intermédiaire de quelqu’un d’autre, passant ainsi de la réalité à la fiction. Créer relève de cette alchimie-là. Et au final, rien n’est réaliste. Je ne suis pas capable de faire un théâtre réaliste. Il faut toujours qu’il y ait ce mélange du son, de la musique, des lumières, et puis, dans ce spectacle, la parole revenue.
 
« C’est un spectacle dur, mais être humain c’est prendre des coups ! »
 
De quoi parle le spectacle ?
D. C. : Ça parle de l’amour. Ça parle aussi de la difficulté à vivre. C’est un spectacle dur, mais être humain c’est prendre des coups ! La vie n’est pas facile, et tout donne l’impression qu’on va vers le pire ! C’est pour cela que j’en reviens toujours à la guerre de 14. Le matin, quand je sors de chez moi, j’ai l’impression de mettre mon casque. La vie, c’est Verdun tous les jours : pour n’importe quoi, il faut se battre ! La guerre de 14 me semble le symbole de l’absurdité de notre quotidien. Après l’armistice, le premier Tour de France est passé par les Ardennes. Tout était détruit et pourtant les gens applaudissaient le Tour, les femmes jetaient des fleurs aux coureurs… C’est étonnant de voir comme la vie reprend toujours ! Et ça recommencera : la même boucherie, les mêmes tueries… C’est ça la nature humaine !
 
Le vélo est toujours présent dans vos spectacles. Pourquoi ?
D. C. : Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il a derrière, c’est la mythologie du vélo. Le Tour de France, c’est une épopée, c’est tout un peuple qui avance, et des dieux intouchables qui passent sans paroles. Un des trucs les plus populaires qui existe. Un peu comme les processions en Espagne. Le vélo, c’est comme le poilu de 14, on les retrouve toujours dans mes spectacles. C’est lié à l’enfance. C’est collé à ma vie.
 
Propos recueillis par Catherine Robert


Avignon Off. Tragédiennes de l’amour, texte et mise en scène de Denis Chabroullet. Du 8 au 30 juillet 2010 à 10h50. Relâche le 20. Théâtre GiraSole, 24bis, rue Guillaume-Puy. Réservations au 04 90 82 74 42.

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