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Théâtre - Critique

Les Métamorphoses – La Petite dans la forêt profonde

Les Métamorphoses – La Petite dans la forêt profonde - Critique sortie Théâtre
Crédit : Luis Castilla Légende : Israel Galvan donne une vision flamenca de l’apocalypse

Publié le 10 juin 2008

Dans le cadre d’une collaboration entre la Comédie-Française et le Théâtre de Gennevilliers, Marcial Di Fonzo Bo et Philippe Minyana s’emparent d’un extrait des Métamorphoses d’Ovide. Une remarquable échappée vers un monde d’archétypes.

La Petite dans la forêt profonde est une histoire atemporelle, un conte dense et noir, ramassé, anguleux, que Philippe Minyana a écrit en s’inspirant d’un épisode du sixième livre des Métamorphoses d’Ovide (43 av. J.-C., 17 ap. J.-C.), poème épique ayant pour ambition de retracer l’histoire du monde, depuis sa naissance jusqu’au règne d’Auguste. S’il s’appuie sur la transcription faite par le poète latin du mythe de Philomèle et Procné, le spectacle coproduit par la Comédie-Française et le Théâtre de Gennevilliers (en 1983, déjà, les deux maisons faisaient “œuvre commune” en présentant Marie Stuart, de Schiller, mise en scène par Bernard Sobel) prend ses distances avec la fable légendaire. Car, ici, point de Procné, point de Philomèle, pas plus de Térée ou d’Itys, mais un jeune roi, une petite, âgée de 12 ans, une reine, sœur aînée de cette enfant, une dame de compagnie, un jeune prince, fils du couple royal. Ici, pas de long récit circonstancié, de surenchère anecdotique, mais la mise en évidence de points fondamentaux, d’événements essentiels.
 
Un conte sur la violence, la vengeance, l’infanticide
 
Philippe Minyana et Marcial Di Fonzo Bo n’ont, en effet, conservé de l’œuvre d’Ovide que le substrat : la part d’universel muant ce mythe antique en conte stylisé, conte donnant à observer les archétypes de la violence, de la vengeance, de l’infanticide. « On n’imagine pas ce que c’est que de tuer son enfant. Mais je vais dire les faits et l’on comprendra qu’il n’y avait pas d’autre solution », dit la reine (Catherine Hiegel, également la petite), avant que d’éclairer le crime impensable qu’elle a commis pour laver un autre crime, celui-ci perpétré par le roi (Benjamin Jungers, également le prince). Déployant une mystérieuse atmosphère de clair-obscur, la mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo est un bel exemple de tenue et d’équilibre : entre interprétation et narration, ludisme et gravité, sens du concret et mise à distance, exploration des situations et usage de l’ellipse… Car cette Petite dans la forêt profonde, extirpant de son cœur certains arcanes de la nature humaine, se dirige résolument vers un monde de la pensée. Un monde qui creuse les contours, les implications et les soubassements de questionnements imbriqués : qu’est-ce qui mène l’homme à la violence, qu’est-ce qui le lie à la vengeance, qu’est-ce qui le contraint à l’infanticide ?
 
Manuel Piolat Soleymat


Les Métamorphoses – La Petite dans la forêt profonde, de Philippe Minyana, d’après Ovide ; mise en scène et scénographie de Marcial Di Fonzo Bo. Du 17 mai au 15 juin 2008. Les mercredis, vendredis et samedis à 20h30, les mardis et jeudis à 19h30, les dimanches à 15h00. Relâches exceptionnelles les 4, 5 et 6 juin. Théâtre de Gennevilliers, 41, avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers. Réservations au 01 41 32 26 26.
Reprise au Studio-Théâtre de la Comédie-Française du 19 septembre au 26 octobre 2008.

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