Théâtre - Critique

La Mécanique du hasard

© Christophe Raynaud de Lage Fiona Chauvin et Guillaume Fafiotte, interprètes du conte.

d’après Holes (Le Passage) de Louis Sachar / adaptation Catherine Verlaguet / mes Olivier Letellier

Après un triptyque sur l’engagement, Olivier Letellier porte à la scène un roman en forme de fable initiatique interrogeant le déterminisme et les héritages. Un théâtre qui invite à lutter contre les résignations. A partir de 9 ans.

Un camp de redressement pour adolescents, perdu au milieu du désert à l’endroit d’un lac asséché. Un nouveau venu, Stanley Yelnats, y est débarqué, accusé d’un vol de baskets qui lui sont tombées sur la tête. Au programme : creuser chaque jour un trou, car comme le déclare la directrice, « ça forge le caractère ». A moins qu’une autre raison n’explique cet acharnement à forcer les jeunes à creuser…  Depuis quatre générations, la famille de Stanley n’a jamais de chance. Toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Si Olivier Letellier a décidé de porter au théâtre le roman foisonnant de Louis Sachar, célèbre ouvrage de la littérature jeunesse américaine, c’est justement parce qu’il interroge la notion de déterminisme. Dynamique, fluide, pétulante, sa mise en scène parvient à raconter la vaste épopée de manière limpide en l’articulant autour de quelques épisodes marquants, à la manière d’un conte initiatique. Un conte qui sème quelques indices reliant les diverses temporalités et finit par briser la fatalité à l’œuvre depuis que l’arrière-arrière-grand-père, qui avait volé un cochon à une tzigane, devint le jouet d’un mauvais sort.

Le libre arbitre et l’entraide contre la fatalité

Interprétant une multitude de personnages, mais aussi le narrateur, les comédiens Fiona Chauvin et Guillaume Fafiotte font vivre le récit avec fluidité, à la croisée parfois du théâtre et du cirque. Figures gémellaires, ils passent de l’un à l’autre avec vivacité et fondent leur jeu sur les corps autant que sur les mots. En connivence avec l’autrice Catherine Verlaguet, l’écriture de plateau a intégré une partition sonore et des lumières idoines, dans une scénographie épurée qui par sa forme rappelle le lac ancien et par son matériau les states du temps sur un tronc de bois clair. Instrument polyvalent, un vieux frigo américain se fait valise, barque, dortoir, bureau… Le conte accorde toute sa place au déploiement de la fable, met en perspective des thématiques tels le poids de la fatalité, l’adieu à l’enfance, les rapports de domination, les parcours de délinquance, le racisme. Les destins tout tracés se transforment, l’anacyclique – Stanley Yelnats – se délivre de sa boucle figée et ouvre sur de nouveaux possibles. Si comme toujours le théâtre constitue un miroir du réel, il est aussi ici un appel à oser briser les héritages et les entraves, une adresse directe à l’imaginaire du jeune public.

Agnès Santi

A propos de l'événement

La Mécanique du hasard
du Mercredi 7 novembre 2018 au Dimanche 18 novembre 2018
Espace Cardin-Studio
1 Avenue Gabriel, 75008 Paris.

relâche les 10, 11 et 12 novembre. Tél : 01 42 74 22 77. Spectacle vu au Théâtre de La Paillette à Rennes. Durée : 1H.


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