La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Fausse Suivante

La Fausse Suivante - Critique sortie Théâtre
Crédit : D. Grappe Légende : « Scène de bal cruel dans La Fausse Suivante. »

Publié le 10 février 2012 - N° 195

Dans un carnaval de figurines colorées comme descendues d’une toile du dix-huitième, Nadia Vonderheyden fait de la cruauté de Marivaux un enchantement.

Marivaux écrit La Fausse Suivante en 1724, quand il perd ses biens dans la faillite de la Banque Law, au beau milieu de ces temps préparatoires à la Révolution historique. Or, le dramaturge pressent la crise économique, politique et sociale dont son théâtre porte les signes. La pièce commence par le duo des valets Fripon et Trivelin, l’exposition de leur situation personnelle. Trivelin est un fripon aux allures de grand méchant homme déchu, proche du Figaro de Beaumarchais, vif et actif, cherchant à s’établir comme n’importe quel aspirant à la condition bourgeoise : « Depuis quinze ans que je roule dans le monde, tu sais combien je me suis tourmenté, combien j’ai fait d’efforts pour arriver à un état fixe ». À force de fourberies, en oubliant honneur et scrupule. Mais comment s’en sort-on avec le jeu, l’amour et les femmes ? Ce problème épineux concerne Arlequin comme les maîtres. Ainsi, Lélio veut se marier, obtenir du gain grâce à une épouse fortunée, une comtesse avec titre de noblesse et six mille livres. Or, une demoiselle parisienne, plus riche du double, s’annonce une meilleure aubaine. Calculs, additions, contrats, l’appât financier fait loi. Ces propos virils de négoce cynique ne donnent pas à rêver. L’art de Marivaux insuffle à cette réalité une dimension ludique souveraine.

Un rêve de bal et de carnaval

Travestie en Chevalier, la Parisienne vient voir de plus près ce qu’il en est du jeune futur. Déconvenue ! Au moins, la demoiselle se plaît à rencontrer la Comtesse, dont elle va dessiller le regard face aux subterfuges de l’intrigant Lélio, amoureux fourbe. Indécision des genres, difficulté à choisir son identité sexuelle, homme ou/et femme, la fête somptueuse des plaisirs et des sens s’épanouit avec esprit sous la baguette magique et inspirée de Nadia Vonderheyden. Le spectacle s’ouvre sur un rêve de bal et de carnaval, une brume mouvante, entre rideaux blancs de tréteaux abandonnés sur le plateau, et lumières hissées dans les hauteurs, puis rabattues. La danse de ce petit monde est majestueuse, un monde de manipulateurs et de marionnettes dont les rôles alternent, avec des poupées humaines articulées dans la grâce. Masque doré de commedia dell’arte et tutus romantiques de tulle, la Mort et sa faux, tournoiements de derviche, courtisan avec queue féline ou tête équestre, la chorégraphie tisse, dans le silence soyeux, une toile onirique comme fond d’intrigue. Le spectateur contemple des tableaux de maîtres du dix-huitième, Chardin, Fragonard ou Watteau, dont les figurines descendent sur la scène pour s’amuser librement dans la quête du plaisir. La cruauté existentielle est éclairée par les présences de Catherine Baugué, Lamya Regragui, Julien Flament, Arnaud Troalic, Mohand Azzoug et Nadia Vonderheyden.

 

Véronique Hotte


La Fausse Suivante ou le Fourbe puni, de Marivaux ; mise en scène de Nadia Vonderheygen. Spectacle vu au Théâtre Charles-Dullin, Espace Malraux, Scène nationale de Chambéry et de la Savoie. Les  15 et 16 février 2012 à 19h30 et le 17 février à 20h30 au Théâtre de Combs-la-Ville, Scène nationale de Sénart. Tél : 01 60 34 53 60.

Les 23 et 24 février 2012 à l’Espace des Arts à Chalon-sur-Saône. Les 21 et 22 mars à La Passerelle de Saint-Brieuc. Le 3 avril aux Salins de Martigues.

A propos de l'événement



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