La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Princesse transformée en steak-frites

La Princesse transformée en steak-frites - Critique sortie Théâtre
© Giovanni Cittadini Cesi Une fable ludique et décalée sur la difficulté à se connaître…

Publié le 10 février 2012 - N° 195

Une plaisante et cocasse illustration des contes décalés et fantasques de Christian Oster, qui plaira particulièrement aux pré-ados d’aujourd’hui.

Princesse, ogre, prince, fée, loup, berger, bergère et… miroir menteur. Toutes les figures archétypales du conte sont là, clairement nommées et reconnaissables (à quelques confusions près : bergère ou princesse, mouton ou lévrier, certains géants n’ont pas de bons yeux et se trompent). L’auteur Christian Oster brouille et décale les identités, les désirs et les désarrois, avec humour, mordant et fantaisie, actualisant et adaptant ainsi les schémas anciens à nos incertitudes contemporaines. Car si les personnages des contes mettent habituellement en scène le conflit entre le bien et le mal de façon claire et nette, ce n’est pas le cas ici. Le traditionnel passage de l’immaturité à la maturité, de la confusion à la réparation, ne suit pas un chemin repérable et n’aboutit pas systématiquement à une salutaire résolution. Frédéric Bélier-Garcia s’empare de quatre histoires foutraques, Le Miroir menteur du méchant prince moche, La Bergère enfermée, Le Portrait du monstre et La Princesse transformée en steak-frites,  où se montrent aussi, au-delà de l’intrigue fantaisiste, « nos peurs amoureuses, nos fragilités sexuelles, nos envies, nos répulsions ».

Conventionnel et kitsch

« Les personnages héroïques, habituellement si droits dans leurs bottes et dans leurs rôles, sont assaillis d’hésitations », dit justement le metteur en scène, et le rire même provient des doutes, des malentendus et des inquiétudes qui tenaillent les protagonistes.  La mise en scène se heurte à cette difficulté de donner à voir le conte enfantin tout en laissant voir ces failles humaines et contemporaines, ce qui implique une double adresse : aux enfants d’aujourd’hui et aux enfants que l’on a été, plus exigeants que les petits. La forme, – scénographie et costumes -, conventionnelle et kitsch à la fois, avec castelet au centre et steak dégoulinant recyclé, illustre bien la fable, et plaira particulièrement aux pré-ados d’aujourd’hui, qui ne sont plus béats devant Cendrillon comme on pouvait l’être, apprécient le second degré, et ne peuvent plus guère considérer l’amour comme une valeur absolue. Le jeu des acteurs est bien rythmé. Cocasse et plaisante, la pièce ne dépasse cependant pas cette dimension illustrative et ludique. On aime beaucoup les messages laissés sur répondeur par une vieille tante, qui ponctuent le spectacle, et que chacun raccrochera sans doute à son propre vécu. A voir donc en famille…

Agnès Santi 


La princesse transformée en steak-frites de Christian Oster, mise en scène Frédéric Bélier-Garcia, du 5 janvier au 4 février à 20h30, sauf dimanche à 15h30, relâche le lundi, au Théâtre du Rond-Point, 75008 Paris. Tél : 01 44 95 98 21. Du 8 au 10 février au CDDB – Théâtre de Lorient. Tél : 02 97 83 01 01. Du 22 au 25 février au Théâtre de la Criée à Marseille. Tél : 04 96 1780 00. Durée : 1h15

A propos de l'événement



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