La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Palais de glace

Palais de glace - Critique sortie Théâtre
© Julie Carretier-Cohen Siss (Daniela Labbé Cabrera) et la tante de Unn (France Darry) face au passé tragique.

Publié le 10 février 2012 - N° 195

Combinant les ingrédients du théâtre et la performance impressionnante de deux acrobates pratiquant la corde, Stéphanie Loïk rend hommage à Tarjei Vesaas, interrogeant et restituant la simplicité, l’intensité et le mystère d’une amitié fusionnelle.

Méconnu en France, l’immense auteur norvégien Tarjei Vesaas (1897-1970), fils de paysan, était un taiseux, qui dans ses écrits parvient à faire affleurer l’ineffable, la fragilité et la finitude de la condition humaine, au-delà des apparences, mais au cœur du monde tel qu’il est. Stéphanie Loïk admire profondément cet auteur, dont elle met en scène Palais de glace (1963), dans l’adaptation qu’elle a commandée à Joël Jouanneau.  Cette œuvre retrace la rencontre et l’amitié fusionnelle qui se noue entre deux petites filles de onze ans, Siss et Unn, jusqu’à la mort tragique de Unn et la dérive empathique de Siss, qui doit se reconstruire. Car Unn a disparu une nuit, et n’a jamais été retrouvée, sans doute prisonnière du splendide et fantastique Palais de Glace aux confins du lac, où se déploient les cascades figées et où menace la rivière rugissante. Le cycle des saisons et la fonte des neiges ne résolvent pas l’énigme.  Siss souffre terriblement de l’absence de Unn et s’enferme dans un palais immatériel de souvenirs, de secrets et de promesses. La pièce restitue et interroge cet amour définitif, avec beaucoup de délicatesse et de finesse et sans esbroufe aucune, s’attachant à exprimer à la fois la simplicité et le mystère de cet étrange amour. Tous les ingrédients du théâtre se combinent pour ne pas enfermer l’imaginaire dans une interprétation psychologisante ou trop concrète, mais pour tenter au contraire de donner à voir la dimension spirituelle et cosmique de cette relation.

Elan, retenue, force et grâce

Sur scène, les fillettes apparaissent ainsi de trois façons différentes. D’abord à travers la présence et le dialogue de deux actrices : Siss (Daniela Labbé Cabrera, qui parfois force un peu trop sa voix), revient des années plus tard, et se confronte à la tante de Unn (France Darry, tout en pudique retenue). Ensuite à travers les voix enregistrées des fillettes lors de flashbacks, et enfin à travers la présence et la performance impressionnantes de deux apprenties acrobates de l’Académie Fratellini, Pauline Barboux et Jeanne Ragu, signifiant à merveille la gémellité délicate et sensible des deux enfants. Conjuguant élan, retenue, force et grâce, leurs mouvements le long de la corde figurent de façon particulièrement adéquate l’intensité de cet amour, comme ils peuvent aussi faire écho au monument de glace et au-delà à la nécessité d’une spiritualité poétique. L’écriture de Vesaas sait aussi «  rendre le moindre frisson de lumière, le moindre pas sur la neige ». La mise en scène met en œuvre de savantes lumières et une bande son qui évoque la puissance et l’inéluctabilité de la Nature, à travers des bruissements, des battements d’ailes, des pas furtifs, des craquements… A la fois face à la mort et au cœur du réel, cette histoire questionne l’être au monde dans une dimension onirique et fantastique.

Agnès Santi 


Palais de Glace de Tarjei Vesaas, adaptation Joël Jouanneau, mise en scène Stépahnie loïk, du 20 janvier au 12 février,  jeudi et vendredi à 19h30, mardi à 14h30, dimanche à 15h, à l’Académie Fratellini à Saint-Denis La Plaine. Tél : 01 72 59 40 30. Durée : 1h.

A propos de l'événement



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