La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Jacques Gamblin / 1 heure 23’14’’ et 7 centièmes

Jacques Gamblin / 1 heure 23’14’’ et 7 centièmes - Critique sortie Théâtre Amiens Maison de la Culture d’Amiens
Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre créent 1 heure 23’14’’ et 7 centièmes.© Jonathan Sirch

Maison de la Culture d’Amiens / De et avec Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre

Après le succès de Tout est normal mon cœur scintille, Jacques Gamblin retrouve Bastien Lefèvre pour un duo intense et exigeant entre un coach et un sportif de haut niveau. 

Qu’est-ce qui se joue dans cette relation entre un coach et un sportif  ?

 

Jacques Gamblin : Entre le coach et le sportif se joue une relation complexe et passionnante parce que passionné. On ne fait pas du sport un métier par hasard, on a affaire à des êtres d’engagement, qui ont le corps et l’esprit tournés intégralement vers ce qui les anime. On peut tout trouver dans cette relation : de la transmission bien sûr, mais aussi du paternalisme, de l’amitié voire de l’amour, de la frustration, des rapports de force très tendus, de la violence, de la bienveillance et de la valorisation, de la soumission, de la dépendance, etc. Ces deux-là passent énormément de temps ensemble et traversent des épreuves de toutes sortes qu’il faut sans cesse savoir gérer. C’est un échange qui s’établit et qui va loin dans l’intime puisque ces deux hommes travaillent sur tous les fronts de leurs personnalités. Ce qui nous intéresse dans ce spectacle est la correspondance qu’il y a entre ce domaine spécifique et n’importe quel autre domaine. Et ce qui se dit entre ces hommes est totalement universel puisque cela touche à la psychologie, à l’humain.

 

« La limite n’est toujours que provisoire, c’est toujours celle d’une heure ou d’un jour. »

 

Est-ce un dépassement des limites ou un dépassement de soi qui est en jeu ?

 

J. G. : Le dépassement de soi est une expression étrange pour dire en réalité que l’on cherche à se rapprocher de soi, à être égal à soi-même. Un soi-même ouvert à des possibles jamais imaginés auparavant. Un soi-même qui se surprend. Parce qu’en effet je pense qu’un homme est sans limite, ou plutôt qu’il ne connaît pas sa limite. La limite n’est toujours que provisoire, c’est toujours celle d’une heure ou d’un jour. Même un échec ne prouve pas la limite puisque des enseignements en seront tirés. Un homme peut faire gain d’une contre-performance dans tous les domaines de sa vie. Comme une performance peut laisser un homme dans un vide ou une solitude dont il ne se remettra que difficilement. Tout est toujours possible et les inconnues sont nombreuses et variées. On ne les connaît que lorsqu’on les rencontre…

 

Comment caractérisez-vous les deux personnages ?

 

J. G. : On pourrait dire que le jeune est fougueux, comme un cheval mal débourré. Il a une soif de réussir qui lui donne une énergie hors du commun mais aussi qui l’abîme car il ne sait pas la contrôler. L’entraîneur n’a de cesse de chercher les moyens de mettre un peu d’ordre dans cette fougue sans l’écraser. Il ne trouve pas toujours la meilleure solution mais au moins il essaie, il tente. Nous sommes face à deux hommes qui cherchent, qui parfois réussissent et parfois se trompent. Ils sont faillibles, mais doivent absolument travailler en confiance sinon tout s’écroule, comme dans un couple. Tout cela passe inévitablement par des moments de grand plaisir et de connivence mais aussi par un conflit, qui génère de la violence ou plutôt du désir de violence et d’en finir avec l’autre. Tout ça pour le meilleur bien sûr mais en payant de sa personne !

 

 

Quel rôle ont le mouvement et l’effort physique dans la mise en scène ?

 

J. G. : La forme que nous donnons au spectacle crée un décalage immédiat puisque l’athlète est joué par un danseur contemporain et que le mouvement devient un sport sans nom. Mais avec un sport classique aussi, lorsqu’on voit un sportif travailler un geste qui n’est qu’une petite partie de son geste final, un geste décomposé, on atteint très vite à l’abstrait et donc à l’absurde et parfois au burlesque. L’essentiel n’est pas dans la définition du geste mais dans la crédibilité de ce geste et des corps en action. Il y aura de l’humour, une forme d’absurde, de la fantaisie mais aussi des états forts et des humeurs. Il y aura du théâtre dans la danse et de la danse dans le théâtre. Le parcours sera particulièrement physique dans un premier temps pour devenir plus mental par la suite. Comme un entraînement acharné pour atteindre un jour à l’équilibre. Juste être bien là où on se trouve. Ça pourrait être cela, la victoire…

 

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

1 heure 23’14’’ et 7 centièmes
du Vendredi 16 janvier 2015 au Vendredi 23 janvier 2015
Maison de la Culture d’Amiens
Place Léon Gontier, 80000 Amiens, France

Tél : 03 2297 79 79. Puis tournée.


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