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Théâtre - Critique

Ivanov

Ivanov - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Pierre Grobois Légende : « Ivanov, d’Anton Tchekhov, mis en scène par Jacques Osinski. »

Publié le 10 novembre 2011 - N° 192

Jacques Osinski s’empare avec réussite de la première version d’Ivanov, d’Anton Tchekhov. Une « comédie en quatre actes » rarement portée à la scène, que le directeur du Centre dramatique national des Alpes présente au Théâtre de l’Ouest Parisien.

L’histoire dit que la première représentation d’Ivanov, le 19 novembre 1887 au Théâtre Korsch de Moscou, reçut un accueil houleux. Dans une lettre qu’il écrit à son frère Alexandre, Anton Tchekhov raconte en effet qu’à l’issue du spectacle, « le tohu-bohu, les sifflements étaient noyés sous les exclamations ». « Ecrite en deux semaines, explique Jacques Osinski, la première version d’Ivanov est comme un trait droit et pur. Elle a quelque chose de résolument nouveau. C’est une comédie insolente et grave peuplée de personnages qui n’en sont pas. Deux ans plus tard, face aux réactions brutales, Tchekhov donne une nouvelle version, assagie, d’Ivanov. C’est maintenant un drame dans lequel l’auteur rend explicite tout ce qui ne l’était pas. La légèreté et la fulgurance de la comédie ont disparu. » Trouvant cette seconde version plus datée, moins ouverte que celle de 1887, c’est le premier texte que le directeur du Centre dramatique national des Alpes a aujourd’hui choisi de mettre en scène. Un texte auquel il confère pourtant davantage de noirceur que de lumière, davantage de perspectives dramatiques que d’accents drolatiques.
 
Ivanov : un anti-héros du quotidien 
 
On est en effet, ici, assez loin de la légèreté dont parle le metteur en scène dans sa note d’intention. Traversée par de nombreuses fulgurances, mais par peu de contre-jours humoristiques, cette belle version d’Ivanov révèle la cruauté de l’être humain sans en émousser d’un micron les contours. Tout est vif, effilé, anguleux dans ce tableau en clairs-obscurs troué de longs silences comme d’airs de Purcell, d’Aznavour ou de J.-S. Bach. En perpétuelle tension, l’excellente troupe de comédiens réunie par Jacques Osinski (Véronique Alain, Vincent Berger – dans le rôle-titre, Delphine Cogniard, Grétel Delattre, Jean-Claude Frissung, Delphine Hecquet, Baptiste Roussillon, Stanislas Sauphanor, Arnaud Simon et Alexandre Steiger) donne beaucoup de vigueur, beaucoup d’intensité à cette réflexion sur la solitude et l’ennui d’un anti-héros du quotidien. Une réflexion il est vrai plus elliptique, moins explicative que « le drame en quatre actes » de 1889. Avec, en point d’orgue, la mort comme un coup de poing au ventre. Une mort brusque, sourde, abrupte. Une mort sans commentaire et sans éclaircissement. 
 
Manuel Piolat Soleymat       


Ivanov, d’Anton Tchekhov (première version, traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan, éditée par Actes Sud / Babel) ; mise en scène de Jacques Osinski. Du 9 au 13 novembre 2011. Du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h. Théâtre de l’Ouest Parisien Boulogne-Billancourt, 1, place Bernard-Palissy, 92100 Boulogne-Billancourt. Tél : 01 46 03 60 44. Spectacle vu au Centre dramatique national des Alpes – Grenoble, le 14 octobre 2011. Durée de la représentation : 2h20.

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