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Cirque - Critique

Géométrie de caoutchouc

Géométrie de caoutchouc - Critique sortie Cirque
Légende : Les comédiens de Géométrie de caoutchouc à la difficile conquête du chapiteau. Crédit photo : Aglaé Bory

Publié le 10 novembre 2011 - N° 192

Après le robot ultra-moderne de Sans Objet, c’est un chapiteau de cirque, dans ce qu’il a de plus traditionnel, qui se trouve au centre de Géométrie de Caoutchouc d’Aurélien Bory. Huit personnages chancellent dans sa matière flasque et indomptable. Un échantillon d’humanité fragile qui doit parvenir à survivre sans jamais prendre pied.

Le travail d’Aurélien Bory part de l’espace scénique. La conception, la dramaturgie, les tableaux de ses spectacles sans texte qui combinent cirque, théâtre et danse, tournent toujours autour d’un dispositif scénographique qui interroge la théâtralité. Sans objet avait ainsi propulsé sur scène un robot ultra-sophistiqué de l’industrie automobile dans un spectacle que traversait tout du long la question du rapport de l’homme à la technique. Dans Géométrie de Caoutchouc – un autre nom pour la topologie, l’étude des déformations spatiales – un chapiteau, tel qu’on en a tous l’image, non pas chapeau pointu mais avec deux tours carrées, de plastique tout blanc, qui ressemble vaguement à un château gonflé, trône au milieu d’une scène installée elle-même sous un immense chapiteau. C’est un système en gigogne qu’Aurélien Bory a mis en place pour revisiter l’imagerie du lieu, son pouvoir de suggérer le merveilleux mais aussi cette réalité de tente plastique incongrue dans le paysage, posée au milieu de nulle part, inconfortable et difficile à installer.

Comme des pingouins qui peinent sur la banquise

Dans un dispositif quadrifrontal, quatre couples hommes-femmes, moins couples qu’évocations métaphoriques de l’humanité, pour commencer rampent contre la bâche, puis s’extraient par le dessous de ce ventre rectangulaire, lui grimpent dessus, glissent le long de ses flancs lisses, s’essaient à conquérir son sommet, dégringolent ses pentes rebondissantes, valsent en tous sens, tremblent sur sa crête comme trapéziste qui salue avant de se jeter, patinent à sa base comme pingouins qui peinent sur la banquise, essaient de prendre pied sur une matière qui toujours se dérobe, sorte d’îlot instable, de radeau sans cesse au bord de chavirer qu’ils tentent finalement de décapiter… Vêtus d’imperméables, aussi touchants et empruntés que des Monsieur Hulot, ils incarnent avec grâce la fragilité d’une humanité élastique et malléable que son environnement menace sans cesse de rejeter. Dans cet effort continu de l’Homme qui tente de prendre pied, les images suggestives et poétiques s’enchaînent sur un rythme ralenti par les manipulations techniques, trop de répétitions chorégraphiques et aussi quelques tableaux qui peinent à signifier. La vision émouvante de ces explorateurs originaux imprègne durablement mais l’objet-chapiteau n’offre peut-être pas aux artistes suffisamment de possibilités de le manipuler. Le merveilleux – c’était le propos – se prend les pieds dans cette bâche plastique câblée.

Eric Demey


Géométrie de caoutchouc d’Aurélien Bory. Spectacle créé et vu au Grand T à Nantes. Du 9 au 12 novembre au Volcan au Havre. Tél : 02 35 19 10 20. Du 1er au 11 décembre à l’Espace cirque d’Antony, Théâtre Firmin Gémier/La Piscine. Tél : 01 41 87 20 84. En tournée à Elbeuf, Tarbes, Toulouse, Annecy, Caen en 2012.

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