La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Irina Brook

Irina Brook - Critique sortie Théâtre
Photo : Irina Brook Mention obligatoire DR

Publié le 10 décembre 2007

Le choix d’un théâtre de la simplicité

Irina Brook s’inspire de l’adaptation d’A Midsummer Night’s Dream de Shakespeare pour la création de son dernier spectacle En attendant le songe, un spectacle pour six acteurs, fidèles compagnons de la metteuse en scène. Avec Vincent Berger, Jerry Di Giacomo, Cyril Guei, Gérald Papasian, Christian Pélissier, Augustin Ruhabura.

Comment est née l’idée du spectacle En attendant le songe ?

Irina Brook :
J’habitais dans l’Essonne et j’ai répondu à une demande locale du Festival Dedans/Dehors, une manifestation du Théâtre de Brétigny-sur-Orge qui privilégie les petites formes à l’extérieur. Le Songe d’une nuit d’été, dans la mise en scène de mon père (Peter Brook) dans les années 70 en Angleterre, hante mon imaginaire depuis l’enfance. Peu de gens à présent ont vu ce spectacle fondateur, et la pièce populaire convient au jeu de plein air.

Six acteurs masculins assument tous les rôles.

I. B. :
Dans le petit village de banlieue où je résidais, ma maison – un vieux moulin – était constamment en travaux avec des ouvriers et des artisans de toutes sortes, plombiers, électriciens, menuisiers… Je me suis dit qu’il serait judicieux que ces corps de métiers jouent les artisans et comédiens amateurs du Songe. J’ai fait appel à six acteurs avec lesquels j’ai déjà travaillé : ils sont les artisans – les comédiens du théâtre dans le théâtre – qui jouent tous les rôles de la pièce. Un prétexte est inventé, simple, brut et dépouillé ; on joue ainsi dans un champ sur ou sur un terrain de camping.

Le théâtre devient un voyage symbolique comme géographique.

I. B. :
Après dix années de théâtre sous les feux mondains et parisianistes, j’ai vécu, grâce à cette expérience qui nécessite peu de moyens, une sorte de renaissance et de redécouverte de l’art scénique. Le théâtre reste un plaisir dans l’expérience d’une aventure commune qu’on partage non seulement avec des compagnons acteurs ou techniciens mais aussi avec le public. Avoir sa propre compagnie, se sentir autonome et partir ensemble avec les enfants, dans la campagne à l’occasion d’un pique-nique, c’est la raison d’être de l’amour du théâtre, hors de toute gloire. Ce spectacle créé il y a deux ans renoue avec l’enchantement de la scène que j’avais perdu. Le plaisir s’installe d’autant plus que les acteurs sont prêts à tout, se déplaçant d’une salle des fêtes d’une petite commune à l’autre.

« Le Songe est d’abord un rêve vécu à travers les mots et l’imagination ».

En quoi la pièce du
Songe d’une nuit d’été fascine-t-elle autant ?

I. B. :
 Pour les Anglo-Saxons, Le Songe reste « La Pièce », l’œuvre grandiose et accessible du répertoire. Dès l’âge de cinq ans, elle appartient au subconscient et à la culture de tous. On l’étudie à l’école, on assiste à sa représentation. Des niveaux variés progressent en même temps. Obéron et Titania, la Reine des fées, répondent à une dimension mystique et féerique qui couve en chacun. Le regard moderne et speed de Titania sur les humains est précurseur de nos visions contemporaines. Son discours – une sorte de prédiction planétaire – révèle que tout a été bouleversé : il fait froid en été et chaud en hiver. Puisque les grands dirigeants du monde se brouillent, s’ensuit la perte de l’harmonie ; et la Terre se rebelle … D’un autre côté, la présence des artisans apporte une dimension comique, vulgaire, proche de la terre, profondément sympathique. Enfin, les amoureux évoluent entre les deux axes, le haut et le bas. Chacun peut y trouver son compte. L’idée de déposer une fleur magique sur les yeux des personnages pour qu’ils deviennent amoureux de n’importe qui est absolument juste. L’acte insensé du coup de foudre est énigmatique ; il provoque la passion et la fascination suivies de la déception et du désenvoûtement. Le Songe d’une nuit d’été est une pièce sur le théâtre : les artisans s’essaient à l’impossible dans une maladresse inouïe mais la production n’est pas mauvaise quand elle se donne avec simplicité. Le Songe est d’abord un rêve vécu à travers les mots et l’imagination. Obéron regarde le public et dit « Je suis invisible » : il devient invisible, voilà une des clés du théâtre qui me donne la chair de poule.
Propos recueillis par Véronique Hotte


En attendant le songe

Adaptation libre pour six comédiens d’après Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, mise en scène d’Irina Brook, du 14 décembre 2007 au 5 janvier 2008 à 18h30, relâche dimanche et lundi, le 25 décembre et le 1er janvier, matinées les 29 décembre et 5 janvier à 15h30 au Théâtre des Bouffes du Nord 73 bis bd de La Chapelle 75010 Paris Tél : 01 46 07 34 50 www.bouffesdunord.com

A propos de l'événement



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