La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Imposture posthume de Joël Maillard

Imposture posthume de Joël Maillard - Critique sortie Théâtre Paris Centre culturel suisse de Paris
Imposture posthume au Centre Culturel Suisse © Gregory Batardon

De Joël Maillard

Publié le 26 septembre 2019 - N° 280

Retour vers le futur pour un Joël Maillard augmenté, dont l’Imposture posthume soulève l’hypothèse pas si farfelue d’un monde où les machines auraient gagné.

Lors de son précédent opus, Quitter la Terre, Joël Maillard avait propulsé ses spectateurs en gravitation autour du globe, dans une station orbitale occupée par les représentants de la future Humanité, en attente dans l’Espace le temps que l’écosystème de notre planète se régénère. Ce spectacle avait connu un beau succès dans le off avignonnais et imposé le style loufoque de cet artiste suisse que les incertitudes du futur de notre planète ne cessent d’occuper. Son Imposture posthume arpente en effet des chemins similaires à Quitter la Terre. Il y est cette fois question de l’extinction de l’Humanité tout juste prolongée par une transhumanité avant que ne survienne le règne exclusif des machines. Un scénario que Joël Maillard envisage par le truchement d’une projection dystopique dans le futur, comme dans son spectacle précédent. Il y a chez cet auteur, comédien et metteur en scène aux allures de professeur Tournesol, hirsute et lunaire, une véritable obsession de notre devenir commun. Et ses spectacles déploient l’un après l’autre sur le sujet un humour qui n’empêche pas le pessimisme, voire le désespoir.

Un futur plus probable que loufoque

Invité dans le cadre de la biennale Nemo, consacrée aux arts numériques, Imposture posthume ne développe pas pour autant des trésors de technologie. Un parallépipède en lévitation, une voix trafiquée, le technophile sera sevré d’effets scéniques impressionnants, ceux de Joël Maillard tenant davantage du bricolage poétique que de la prouesse technique. Nous sommes le 1er avril 2099 et ce testament qui sent le poisson émane d’un homme implémenté d’un nanoprocesseur cérébral et d’organes non biodégradables. Ce sont des archéologues venus d’un futur plus lointain encore, indéfini, qui ont retrouvé ce document aux côtés de sa momie. Le rescapé de notre futur proche y évoque par exemple le dernier prix littéraire remporté par un humain, ou encore la mort des journaux papier. Quelques-unes des étapes, dont la catastrophe écologique, qui mèneraient à un futur qu’on ne peut pas souhaiter. Également, le précédent de la révolution agraire qui avait depuis longtemps profondément transformé notre société. Le processus serait-il donc irréversible parce que déjà enclenché ? Mêlant les âges, les formes des prises de parole, les points de vue, Joël Maillard nous balade en fait autour de l’hypothèse d’un futur certainement plus probable que loufoque avec un flegme teinté de mélancolie. Son propos en devient parfois un peu attendu. Son dilettantisme flottant peut contaminer l’attention. Mais l’énergumène ne se prend jamais au sérieux et son voyage dans le temps dépose sur le nôtre des ombres qu’il nous oblige à considérer au-delà du rire.

 

Eric Demey

A propos de l'événement

Imposture posthume
du Mercredi 9 octobre 2019 au Mardi 15 octobre 2019
Centre culturel suisse de Paris
38 rue des Franc-bourgeois, 75003 Paris.

Du 9 au 15 octobre à 21h, le mardi, jeudi et samedi à 18h, relâche le dimanche. Durée : 1h30. Tel : 01 42 71 44 50. Spectacle vu à Lausanne à l'occasion du festival Programme Commun.


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