La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Place au cirque !

Un soir chez Boris

Un soir chez Boris - Critique sortie Cirque Paris Le Monfort
Olvier Debelhoir sur sa yourte. ©Yragaël Gervais

Le Monfort / Conception Olivier Debelhoir et Pierre Deaux

Publié le 26 septembre 2018

Depuis 2015, la yourte d’Olivier Debelhoir n’en finit pas de parcourir le territoire avec son occupant farfelu, un drôle de solitaire dont les délires physiques et verbaux enchantent.

Au coin d’un âtre virtuel – sur une télé, une vidéo de feu de cheminée crépite – et nez à nez avec une tête de sanglier empaillée, Olivier Debelhoir alias Boris attend. Barbe de mille jours et vieille casquette vissée sur une tête en broussaille, il a tout de l’ermite des temps modernes, pas riche mais plein d’une fantaisie qui fait chaud au cœur. Et à l’en croire, Boris en a bien besoin, de chaleur. Une fois sa langue déliée par quelques chansons ringardes interprétées avec un accordéon, il se met à raconter de folles épopées enneigées dont il se croit le héros. Empruntant à la série B, au western spaghetti et au film catastrophe, Olivier Debelhoir revisite ainsi de fond en comble l’imagerie du trappeur. Soi-disant à la tête d’une bande de bras cassés perdus dans une montagne, en proie à une invraisemblable hécatombe, son Boris s’agite. Et de la fiction, naît le cirque.

Trappeur sentimental

Si pendant une bonne moitié de spectacle, Olivier Debelhoir se garde d’utiliser ses compétences d’acrobate exercées au sein de plusieurs compagnies et de la sienne, Chérid’Amour, il finit en effet par joindre l’acrobatie à la parole. Un soir chez Boris n’est pas du non-cirque mais du cirque qui dit « non ». « Non » au spectaculaire sans propos ni poésie. Les prouesses du trappeur solitaire n’en manquent pas. Sur des skis, celui-ci défie les lois de la gravité selon des protocoles aussi saugrenus que ses récits. Poutre, échelle, chaise ou pelle : tout est bon pour le cowboy des sommets afin de tromper la solitude et le manque d’amour. Car derrière son allure bourrue, Boris est un sentimental. La preuve, il chante Mon amant de Saint-Jean et d’autres tubes démodés sur des passions perdues. A travers ce personnage singulier, Olivier Debelhoir touche ainsi sans en avoir l’air à la tragédie humaine et au rôle de l’art dans la vie.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Un soir chez Boris
du Vendredi 19 octobre 2018 au Dimanche 21 octobre 2018
Le Monfort
106, rue Brancion, 75015 Paris

Du 3 au 6 octobre aux Scènes du Jura, du 19 au 21 octobre au Monfort (Festival La Grande échelle).


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