La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Le Cirque contemporain en France

Un cirque d’art au service d’un large public

Un cirque d’art au service d’un large public - Critique sortie
© D. R.

Pôle national / Théâtre Firmin Gémier / La Piscine à Antony

Publié le 11 novembre 2014

Au Théâtre Firmin Gémier / La Piscine, Marc Jeancourt a développé un projet cirque ambitieux, avec un espace cirque accueillant des chapiteaux. En 2011, le théâtre est devenu le onzième Pôle national des arts du cirque en France, le seul en Ile-de-France. 

Comment l’implantation de votre Espace Cirque s’est-elle construite ?

Marc Jeancourt : L’histoire de L’Espace Cirque remonte à 2001 lorsque j’ai proposé à la Mairie d’Antony la viabilisation d’un espace provisoire pour le chapiteau, à l’emplacement d’une tour qui venait d’être détruite. Puis le projet s’est consolidé. Il a connu plusieurs étapes marquantes comme l’ouverture de l’Espace Cirque définitif (le lieu actuel) en 2004, le conventionnement, la labellisation… et puis  des tombereaux  d’histoires  avec les spectateurs, les habitants, les artistes, l’équipe du théâtre. L’Espace Cirque d’Antony a le même âge que l’association Territoires de Cirque : 10 ans cette année. La labellisation à proprement parler stabilise le financement de l’Etat mais aussi

en grande partie des autres partenaires.

« La singularité artistique ne se dissout pas dans le populaire. »

En tant que programmateur, comment envisagez-vous le cirque par rapport aux autres disciplines ? Quelles sont les spécificités du cirque ?

M. J. : Le cirque contemporain  n’en finit pas de redéfinir ses frontières. Il est en perpétuel métamorphose. C’est un art très jeune, animé par des artistes jeunes et porté par une forme d’enthousiasme assez exceptionnel. Pour ma part j’ai fait le choix des deux extrêmes : les projets les plus lourds (le chapiteau) et les plus légers (le cirque dans l’espace public avec Solstice). Mais c’est le chapiteau, au cœur de mon engagement, qui distingue  le cirque des  autres disciplines. Le risque, le rapport au danger et donc à la mort (ou plus souvent à la blessure) définissent également la singularité du cirque. Les racines sont profondes. La renaissance du cirque, décrite par beaucoup de chercheurs et critiques, s’est tenue au cours des années 70, mais ce qui rend cet art spécifique vient de beaucoup plus loin. Pourquoi sommes-nous émus par un salto sur le fil ? Par un jongleur qui semble défier les lois de l’apesanteur ? Pour des raisons ontologiques qui dépassent largement l’histoire des arts.

Y a-t-il assez de chapiteaux en Ile-de-France et en France selon vous ?

M. J. : Au regard du bassin de population il y a très peu de chapiteaux en Ile-de-France. Cette région est « hostile » au cirque. Je veux dire par là que ses caractéristiques ne facilitent pas du tout le développement du cirque contemporain. Les artistes de cirque ont besoin de lieux pour s’entraîner en dehors de toute perspective de création et d’espaces pour implanter  leurs chapiteaux. Sur ces deux points, l’Ile-de-France est la pire des régions françaises. Nous souhaitons – le Syndicat du Cirque de Création et le pôle –  initier dans les trois ans qui viennent un travail de réflexion sérieux sur ces sujets avec tous les acteurs du cirque.

Les arts du cirque ont-ils aujourd’hui un espace suffisant dans les programmations des théâtres ? Est-ce aujourd’hui un art majeur qui a trouvé son public ?

M. J. : En très peu d’années le cirque contemporain s’est retrouvé dans toutes les formes de programmation. Du festival très local avec des spectacles proches de l’animation aux théâtres nationaux. Le cirque est souvent considéré par les directeurs de théâtres généralistes comme un bon moyen de faire de très bonnes salles et de réunir un public plus varié. J’ai souvent des coups de fil de collègues qui me demandent conseil et qui me précisent « surtout, que ce soit grand public ». Cela ne me choque pas, d’autant que ces mêmes collègues ont, la plupart du temps, un œil attentif et exigeant sur les propositions que je leur fais. Le cirque peut être évidemment  un art majeur. Cela concerne peu d’œuvres et peu d’artistes, ce qui est d’ailleurs vrai aussi en danse et en théâtre. Pour moi la singularité artistique ne se dissout pas dans le populaire. La contemporanéité d’une pièce de cirque, la profondeur de son propos, l’originalité de son écriture, tout cela n’est pas incompatible avec  le grand public. Je crois que le cirque doit rester réceptif à un large public. C’est son principal défi, et c’est fondamentalement ce qui m’intéresse. Populaire par nature, l’enjeu du cirque aujourd’hui est de rester contemporain, inventif, novateur. Un cirque d’art au service d’un large public, voilà sa quête.

Propos  recueillis par Agnès Santi

 

Théâtre Firmin Gémier / La Piscine, Espace Cirque, rue Georges Suant, 92160 Antony.  Tél : 01 41 87 20 84. www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr

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