La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Le Cirque contemporain en France

Rigueur et folie

Rigueur et folie - Critique sortie
Crédit photo : Frédéric Mei

Pôle national / Le Prato à Lille

Publié le 11 novembre 2014

Auteur, metteur en scène, comédien, clown du Prato, Gilles Defacque est le directeur du Pôle National des Arts du Cirque de Lille. Un slogan pour ce Théâtre International de Quartier : rigueur et folie !

« Un Prato ça vient d’en bas, par un chemin de nécessité. »

Comment le Prato est-il né ?

Gilles Defacque : Le Prato existe depuis près de trente-cinq ans. Il est né de la rencontre entre des jeunes gens en colère qui ont créé le théâtre révolutionnaire d’agitprop du Prato, et les clowns du Prato, émergeant dans le même endroit et le même temps. Moi, j’étais dans les deux groupes : dans les pièces pour le droit des femmes, contre la police et le détournement capitaliste, qu’on jouait dans la rue, et chez les clowns. A l’origine, j’étais prof de lettres. Dans un lycée, à Lens, j’ai rencontré Ronny Coutteure qui m’a proposé de faire clown avec lui. Nous jouions un trio peinturluré et sale avec Jean-Noël Biard. Le public nous a immédiatement adoptés et nous avons décidé de jouer en soirée, et plus seulement pour les animations d’arbres de Noël. Et puis Rony a été remplacé par Alain D’Haeyer, merveilleux musicien. Dans le même temps, j’écrivais pour le Théâtre du Prato.

Comment le théâtre et les clowns se sont-ils rejoints ?

G. D. : Ces deux avancées parallèles se sont croisées dans la revendication d’un lieu. Dans les années 73-74, on était dans la rage, la revendication. Une partie du collectif voulait rester du côté des amateurs, mais les clowns sont entrés dans la profession. Tout cela se passait dans un ancien cinéma de quartier et nous réclamions un lieu. Nous étions présents partout ; nous nous sommes installés ensemble. Aujourd’hui, des années plus tard, nous continuons d’égrener les engagements de nos débuts : accueillir, aller ailleurs et continuer de créer. C’est pour cela que je parle de « rigueur et folie ». Il a fallu accepter de se structurer et de gérer les choses, mais nous sommes restés allergiques aux restrictions des classifications. C’est aussi pour cela que même quand nous avons été conventionnés, la DRAC ne savait pas dans quelle case nous ranger. Au lendemain de l’Année des Arts du Cirque 2001-2002, nous sommes partis en campagne avec nos partenaires de Territoires de Cirque, et nous avons depuis été labélisés Pôle National des Arts du Cirque. Cela nous donne désormais une reconnaissance et une valeur symboliques, qui ne peuvent que nous aider, même si les moyens n’ont pas forcément suivi. Mais malgré ce label national, nous continuons à revendiquer notre nom et notre enracinement : Théâtre International de Quartier.

Créer, c’est résister, dites-vous. Pourquoi ?

G. D. : Je ne prétends pas être original à travers cette formule. Elle m’énervait même à force de l’entendre et d’entendre tout le monde se déclarer résistant… Je crois que créer, c’est résister à la négation, à la nullité, à la honte, à l’ensevelissement de soi. Pour nous, il s’agit carrément d’un acte de revendication à être. Le populo nous a accueillis avant les structures, et plus qu’elles. C’est pourquoi nous restons présents sur le terrain, pour résister aux tentatives de nous faire « in-exister ». Créer, c’est résister à l’aquoibon, au laisser-aller. C’est arriver tout doucement à devenir un tout petit quelqu’un, et augmenter ce qu’on a au fond de soi. Après, il faut aussi gérer, trouver les moyens et les partager avec les autres. Partager, c’est aussi résister au nihilisme de l’air du temps et à l’insécurité et l’incertitude de nos métiers. C’est pour cela que nous soutenons les InterLuttants, car un Prato ça vient d’en bas, par un chemin de nécessité.

 

Propos recueillis par Catherine Robert

 

Le Prato, Théâtre International de Quartier – Lille, Scène conventionnée pour les Arts Burlesque, Pôle national cirque,
6 allée de la Filature, 59000 Lille. Soirée de Gala (Forever and ever), les 13 et 14 décembre au Vivat d’Armentières ; les 21, 22, 23 décembre pour le COS au Grand Sud Lille ; les 30 et 31 janvier 2015 au Cirque Théâtre d’Elbeuf ; le 15 février 2015 au Centre André Lequimme à Haubourdin. Un Cabaret – Prato, tournée au Moyen Orient. Tél. : 03 20 52 71 24. www.leprato.fr

A propos de l'événement



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