La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Les formations artistiques

La formation comme vecteur d’émancipation

La formation comme vecteur d’émancipation - Critique sortie
© D. R.

Publié le 10 octobre 2009

Le comédien et réalisateur Robin Renucci préside en Corse l’Aria, pôle exemplaire de création, transmission, partage et prise de responsabilité où se mêlent professionnels, amateurs et enseignants.

La formation artistique est-elle selon vous un moyen d’émancipation pour l’individu ? Pourquoi ? 
Robin Renucci :
La formation artistique permet de développer la capacité de penser par soi-même, et se définit en cela comme une quête d’émancipation. L’Aria, pôle de formation et création implanté depuis 1998 dans les montagnes corses, s’inscrit dans la grande histoire de l’éducation populaire, dont  l’une des idées fondatrices, avancée par Condorcet, exprime la nécessité pour l’homme de se forger une opinion par l’exercice de sa raison. Il distingue deux classes d’hommes, « celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celles des maîtres et celle des esclaves. » Aujourd’hui, les maîtres et les esclaves n’existent plus, mais la question de l’Education populaire se pose toujours de manière aiguë. Nous vivons dans une société consumériste où chacun subit les incessantes injonctions du marketing, annihilant la capacité de désir et d’individuation de l’individu, l’asservissant littéralement aux diktats du marché. L’artiste peut cependant contribuer à une recherche d’émancipation.  Dès lors que les arts de la parole sont présents, alors se racontent des histoires symboliques qui racontent le monde, où participent l’un avec son savoir faire d’écouter, l’autre avec son savoir faire de dire. Tout cela sert à l’émancipation, contre une pensée imposée et “pré-mâchée“.

« La question de l’Education populaire se pose toujours de manière aiguë. »

A qui s’adressent les stages que vous proposez à l’Aria ?
R. R. :
Nous proposons des stages tout au long de l’année, et nous nous adressons aux professionnels du spectacle vivant, aux amateurs, et aux enseignants. La rencontre de gens différents permet à chacun de se ressourcer. Nous entretenons à l’Aria une façon de faire notre métier où le soin à l’autre est central, où l’œuvre vise à ouvrir, à grandir celui qui la conçoit comme celui qui la reçoit, à l’opposé d’une politique de produit culturel qui se consomme et se consume très rapidement.  La pratique de la prise de parole et de l’expression personnelle lutte contre l’uniformisation et implique  davantage d’attention, une recherche de singularité. Cette recherche permet à chacun de retrouver les voies de sa propre capacité de symboliser dans un monde où le citoyen est assimilé à un consommateur et où les mécanismes de captation de l’attention se multiplient.

L’Aria a-t-elle inspiré d’autres initiatives sur le territoire ?
R. R. :
L’aventure se pollénise. Beaucoup de gens, professionnels, amateurs ou spectateurs, reviennent et certains initient des projets similaires ailleurs. Le TRAC dans le Lot-et-Garonne est un lieu de partage et de formation. En Bretagne, nous réalisons en juillet un stage de formation par la création théâtrale en partenariat avec Itinéraire Bis,  sur le modèle de ce que nous faisons en Corse dans le cadre des Rencontres Internationales de Théâtre. Des formateurs de l’Aria et d’ex-stagiaires travaillent ensemble. Les stages permettent à tous, professionnels et amateurs, de  s’investir avec exigence et en liberté. On devient soi-même ou pas au cours de sa vie, c’est un grand thème philosophique…  

Propos recueillis par Agnès Santi

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