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La musique Baroque en France

Entretien Françoise Benhamou / Quels soutiens financiers pour la musique ancienne ‘

Entretien Françoise Benhamou /
Quels soutiens financiers pour la musique ancienne ‘ - Critique sortie
Photo de Françoise Benhamou. DR.

Publié le 10 juillet 2008

Entretien Françoise Benhamou /
Quels soutiens financiers pour la musique ancienne ‘

L’économiste Françoise Benhamou est professeur à l’Université de Rouen et chercheur au Centre d’économie de la Sorbonne. Spécialisée dans l’étude du financement des milieux artistiques, elle a notamment publié L’économie de la culture (éd. La Découverte).

Comment percevez-vous l’engagement de l’Etat dans le domaine de la musique ancienne’
 
Françoise Benhamou : L’Etat ne s’est jamais beaucoup engagé pour la musique ancienne. C’est d’autant plus difficile aujourd’hui que l’Etat a propension à se tourner vers ce qui est grand public. C’est la culture de l’efficacité qui est à l’ordre du jour. Alors que la mission étatique devrait consister à soutenir l’innovation et les marchés de niche, comme celui de la musique ancienne.
 
Ce sont les régions qui ont maintenant un vrai pouvoir de décision…
 
F.B. : Ce qui est très bien. Paradoxalement, à l’heure de la mondialisation, c’est à l’échelle des régions et non plus de l’Etat que les choses se décident. Ce qui est intéressant, c’est que les régions développent des soutiens sur le long terme et misent sur la proximité. Le fait d’avoir des interlocuteurs multiples et non plus centralisés offre de nouvelles possibilités.
 
Dans ce contexte, quel rôle peut jouer le mécénat privé’
 
F.B. : Il ne faut pas attendre énormément du mécénat privé. Les entreprises ont tendance à aller vers les événements attirant un maximum de public, car elles cherchent la meilleure visibilité. Le mécénat privé est donc surtout présent sur les expositions artistiques, qui sont considérées par les entreprises comme des événements.
 
Mais il y a des exceptions, comme le soutien d’Orange à la musique vocale et notamment ancienne…
 
F.B. : Certaines entreprises souhaitent investir un domaine dont les autres sont absentes. Du côté des fabricants de nouvelles technologies, on remarque qu’ils éprouvent le besoin de compenser le fait qu’ils malmènent souvent les musiques, en aidant en contrepartie les formes les plus prestigieuses de la musique. En outre, ce qui est intéressant à souligner, c’est que des entreprises associent les salariés à leur politique de mécénat, par exemple en leur offrant des billets pour un concert. Ce qui évite la relation univoque entre l’entreprise et ceux qu’elle soutient.
 
« C’est la culture de l’efficacité qui est à l’ordre du jour. Alors que la mission étatique devrait consister à soutenir l’innovation et les marchés de niche, comme celui de la musique ancienne. »
 
Comment les ensembles de musique ancienne peuvent-ils réagir face à la crise de l’industrie discographique ‘
 
F.B. : Dans un avenir très proche, l’industrie du disque est appelée à disparaître ou à être marginalisée. Il va y avoir une recomposition sous la forme des nouvelles technologies. Mais pour l’instant, c’est un continent « noir ». On ne voit pas les modèles économiques qui vont prévaloir. Je ne suis pas sûre qu’un répertoire comme la musique ancienne trouve vraiment sa place sur le Net. C’est une musique qui demande du temps, alors qu’Internet, c’est l’immédiateté. Pour l’instant, Internet n’est qu’un grand désordre, et pour un tel domaine d’excellence, on a besoin de validation. Ce qui rapporte aujourd’hui de l’argent, c’est le téléchargement sur téléphone portable. Mais on imagine mal la musique ancienne sur ce type de support…
 
Pensez-vous que les concerts de musique ancienne devraient expérimenter la gratuité, au même titre que les musées ‘
 
F.B. : Je suis contre. Il est contradictoire de lutter contre la gratuité sur Internet et en même temps de rendre des musées gratuits. D’ailleurs, il n’y a pas de gratuité sans prix. C’est donc de l’argent qui ne va pas à d’autres, et notamment aux petits, comme les représentants des musiques anciennes. L’Etat devrait plutôt payer des représentations musicales dans les lycées, où la gratuité aurait alors un sens.
 
Propos recueillis par A. Pecqueur

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