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Danser, pour être dans la liberté d’expression

Danser, pour être dans la liberté d’expression - Critique sortie Danse
Crédit photo : Laurent Pailler Légende : Kaori Ito a créé en 2015 sa propre compagnie, Himé.

Entretien / Kaori Ito

La subjectivation du danseur contemporain

Publié le 28 février 2017

Interprète renommée devenue chorégraphe indépendante, Kaori Ito met en scène son intimité dans une trilogie entamée avec Je danse parce que je me méfie des mots.

Comment êtes-vous arrivée à la danse contemporaine ?

Kaori Ito : A 17 ans, j’ai décidé d’arrêter le ballet classique parce qu’on ne pouvait pas faire autrement que de copier des Européens avec des perruques et des collants blancs. J’ai cherché des informations sur la danse contemporaine au Japon, je suis allée à tout. J’ai créé mon premier solo à l’âge de 18 ans, et ensuite j’ai voulu interpréter pour comprendre comment les autres travaillaient avant de réaliser mes propres projets. Ce qui a été difficile, c’est qu’on m’a ensuite attribué la casquette d’une interprète extraordinaire, et que pendant dix ans, je n’ai pas pu m’en débarrasser.

Vous avez quitté le Japon pour les Etats-Unis puis la France. La danse a-t-elle construit votre identité à l’étranger ?

K.I. : Quand on approfondit un métier, on arrive à un moment où on se dit : j’ai compris quelque chose. C’est une manière de comprendre l’humanité, et pour moi c’était par le corps, les gestes, les regards. Je vois beaucoup de codes corporels, sans avoir besoin de parler. C’est très fort de pouvoir comprendre des gestes qui disent autre chose que les mots. Quand je vois les gens danser, je vois si quelqu’un a peur, a besoin de violence.

« C’est très fort de pouvoir comprendre des gestes qui disent autre chose que les mots. »

Quel est votre rapport à la technique ?

K.I. : Je n’aime pas regarder un danseur techniquement bien, mais chez qui on ne voit que l’école. Je ne voulais surtout pas ça. C’est pour cette raison que je n’ai créé qu’un projet avec chaque compagnie et que je suis partie, parce que je ne voulais pas être « imprimée ». On a besoin de technique, mais les techniques sont là pour nous permettre d’être dans la liberté d’expression. On ne peut pas tout lâcher dans le corps, et on peut se blesser : il faut contrôler le départ et rattraper à la fin, mais pouvoir trouver une liberté au milieu.

Qu’est-ce qui a changé pour vous quand vous êtes devenue chorégraphe ?

K.I. : Maintenant, je mets ma vie sur scène. Ma vie professionnelle et ma vie quotidienne sont mêlées. J’ai commencé avec ma compagnie à aller dans des territoires intimes, à me dévoiler à chaque fois. C’est d’ailleurs troublant ! Dans Je danse parce que je me méfie des mots, je danse avec mon père. Pendant très longtemps, on ne s’est pas vraiment parlé. Concrètement, après ce spectacle, on peut se dire au revoir à n’importe quel moment, sans avoir de regrets de ne pas avoir partagé quelque chose.
Propos recueillis par Laura Cappelle

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