La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

VISAGES DE LA DANSE

La danse, passeport sans frontières

La danse, passeport sans frontières - Critique sortie Danse
Crédit : Christophe Ruiz Légende : Salia Sanou.

La danse, art transnational ?

Salia Sanou est un artiste très attaché à la circulation des cultures, ouvrant des espaces de sens et d’altérité, donnant à voir, à entendre et à comprendre la force de la création comme vecteur de tolérance.

La danse est-elle, selon vous, un art sans frontière ?

Salia Sanou : La danse est mon passeport. Elle me permet d’aller dans tous les pays, de traverser tous les territoires, d’être en contact avec le reste du monde, de résonner avec différentes cultures, sans préjugés. La danse m’amène à me confronter aux autres, à partager, interpeller, regarder, rebondir en ricochets infinis et avoir un retour. Moi qui viens d’un petit village traditionnel du fin fond du Burkina Faso, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui sans la danse. C’est elle qui m’a permis de rencontrer Mathilde Monnier, Seydou Boro, de monter un festival à Ouagadougou…

« La danse est une courroie de transmission entre deux mondes. »

Pour autant, la danse n’est-elle pas ancrée dans une culture ?

S.S. : C’est une courroie de transmission entre deux mondes. Je le vis comme ça. Les rencontres m’ont fait mûrir, m’ont placé au carrefour de cultures très diversifiées. Bien sûr, j’ai grandi dans la culture africaine, mais l’école d’abord, puis la rencontre avec l’Europe m’ont autorisé à avoir un regard lucide sur mes origines et à être dans une ouverture d’esprit. Mes racines me permettent d’avoir un recul, une forme de distanciation nécessaire.

Cela implique-t-il une gymnastique mentale selon le territoire où vous vous trouvez ?

S.S. : Quand j’arrive en Afrique, je suis décalé. Surtout dans certains villages. Donc je me réadapte en permanence et j’aime ça. Je suis heureux de connaître cet écart qui permet de percevoir sa culture autrement, d’être flexible. C’est indispensable pour vivre dans ce monde en pleine mutation. La question des territoires traverse toutes mes pièces. Comment les populations y vivent, comment se noue une communauté de vie. Aujourd’hui, le monde entier est pris dans ses contradictions, percuté par l’information qui vient d’ailleurs, perméable à toutes les barbaries, les guerres, les idéologies. Etre tranquille dans son coin n’existe plus nulle part. Bien sûr, cela influe sur mes œuvres.

Vous créez des pièces qui sont à cheval entre deux continents, deux cultures, comment traduisez-vous cela dans votre matériau chorégraphique ?

S.S. : La danse est une entité. Ancrée dans une culture, certes, mais se devant d’être internationale. Il faut réfléchir avec à l’esprit cette tension. La danse puise ses éléments de construction dans les racines, mais elle les assemble sur un territoire qui exerce une influence sur le résultat. Quand on compose une équipe, on mélange différentes connotations, couleurs ; on aspire aussi à l’international et ça nous projette dans le monde, qu’on le veuille ou non. Sinon, mieux vaut créer dans son salon et y rester.

Au niveau du public, avez-vous remarqué des différences d’interprétation, des décalages, suivant les pays où vous diffusez vos pièces ?
S.S. :
Il m’est arrivé d’être devant un public désarçonné. Mais surtout parce que les spectateurs peuvent avoir une vision folklorique de la danse africaine : énergique, sensuelle, avec de beaux garçons torse nu qui reproduisent la vie traditionnelle de villages d’Afrique. Le travail de composition, d’écriture, les étonne, mais ils se laissent cependant prendre au jeu, et leur regard change tout de suite. Les gens sont curieux. Ils s’intéressent au parcours, et finalement, ils sont saisis par ce qu’ils découvrent. Cette reconnaissance en France et en Afrique est importante pour moi mais aussi pour les jeunes danseurs en Afrique.

 

Propos recueillis par Agnès Izrine

 

Programmé dans le cadre de la Biennale de la Danse du Val-de-Marne.

 

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