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VISAGES DE LA DANSE

Une danse engagée face à l’état du monde

Une danse engagée face à l’état du monde - Critique sortie Danse
Crédit : Patrick Berger Légende : Didier Deschamps

Propos Recueillis Didier Deschamps

La danse face au chaos du monde

Publié le 28 février 2017

La danse contemporaine aborde de plus en plus souvent les questions qui agitent notre actualité : les migrants, les réfugiés, les libertés individuelles… Eclairage par Didier Deschamps, directeur de Chaillot, Théâtre National de la Danse.

« Les artistes, et donc les chorégraphes, sont très en prise et en résonance avec la marche du monde. Ils articulent différentes réponses sur des sujets comme l’état de guerre, qui nous concerne très directement avec les attentats, mais aussi la question des migrants, sujets qui impliquent un discours renvoyant à la nature de notre nation et de notre société. Beaucoup d’entre eux sont extrêmement sensibles et même préoccupés par ces problématiques qui vont envahir de plus en plus souvent les plateaux. Généralement elles sont traduites de manière indirecte, par une entrée qui est, si j’ose dire, plus poétique. Je pense par exemple à la pièce de Salia Sanou créée en juin dernier à Chaillot et qui résultait d’ateliers qui l’ont conduit pendant plusieurs années dans des camps de réfugiés au Burkina Faso, et qui parlait de ce Désir d’horizon – titre de sa création. De même le Cantique des cantiques d’Abou Lagraa interroge, à la fin, les Droits de l’Homme et la lecture qui peut être faite d’un certain nombre de textes fondateurs, manipulés, pervertis aujourd’hui, alors qu’ils sont censés nous amener à l’acceptation de la différence et de la présence de l’étranger. Mass B de Béatrice Massin ne parle que de cela. Mais par des entrées qui sont celles du traitement de l’espace, de la masse, du collectif avec, en contrepoint, la question de la place de l’individu. C’est le mouvement et la chorégraphie qui portent non pas la réponse, mais des possibles, c’est très frappant et très beau.

Des enjeux forts pour des chorégraphes investis

Les artistes montrent un état du monde dans toutes ses contradictions et ses conflits, mais toujours avec des lignes de fuite qui sont des lignes d’espoir. Je suis attentif à proposer au public des lectures distancées, cela me paraît ô combien important parce qu’on est dans l’hyperaffect, dans l’hypersensibilité, et il s’agit, justement, de trouver des respirations. C’est plus que nécessaire sauf à sombrer dans une espèce de névrose destructrice et totalement contre-productive. On a besoin du rêve pour être en capacité de résistance et de résilience. Ensuite, face à ces enjeux, la question centrale reste celle du statut que l’on donne au corps. Ce qui est bien évidemment le sujet de la danse. Les questions de la liberté sexuelle, de l’avortement, sont d’ailleurs de nouveau des acquis fortement menacés dans nos sociétés. Il y a vraiment des enjeux extrêmement forts et les chorégraphes, à leur manière, sont extrêmement investis dans ces combats.

Propos recueillis par Agnès Izrine

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