La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Homme sans but

Homme sans but - Critique sortie Théâtre
Crédit Photo : Pascal Victor Femme attachée (Bulle Ogier) aux pieds d’un Homme sans but.

Publié le 10 octobre 2007

Une fable post-moderne du Norvégien Arne Lygre sur la vacuité existentielle, tirée au cordeau par Claude Régy, poète de la scène à l’écoute des désenchantements amers.

C’est dans le cadre du Festival d’Automne que Claude Régy s’est penché sur la pièce d’Arne Lygre Homme sans but, la révélation d’une écriture économe d’une apparente simplicité, une naïveté déguisée à connotation philosophique. Sur un vaste plateau glacé dû à la scénographie soignée de Sallahdyn Khatir, une pleine surface éblouissante, livrée à la surexposition d’une lumière irréelle se tiennent des figures humaines coupées net, des ombres de caverne platonicienne dévastée, dessinées une fois pour toutes dans leur étrangeté rêvée. L’imposant Peter d’abord, le décideur et faux bâtisseur qui n’en finit pas de construire, tendu par ce qu’il se propose d’atteindre, ce à quoi il tente de parvenir, son but : « C’était mon idée. Mon projet. Une nouvelle ville. Ma ville ! Si seulement on parvenait à acheter les deux propriétés qui bordaient le fjord. » La silhouette et la diction de Jean-Quentin Chatelain s’abandonnent complaisamment à ce personnage ensommeillé, boursouflé par l’assurance et la vanité. À ses côtés, son frère, son double négatif, fragile et incertain. Redjep Mitrovitsa est chorégraphe de ses angoisses élégantes en balançant comme malgré lui, ses bras ouverts et inquiets.
 
De l’argent pour jouer les sentiments, simuler les liens d’affection.
 
Il est question d’argent, de famille, de couples de frères – le bâtisseur et son frère, mais aussi le Propriétaire (Axel Bogousslavsky) fait allusion à un frère avec lequel il aurait été en conflit d’héritage. Sur la scène, l’ex-femme de Peter (Bulle Ogier), de même que sa fille (Marion Coulon) et une sœur encore (Bénédicte Le Lamer). Mais on ne sait si l’ex-épouse et la fille ne sont pas inventées, présentes peut-être grâce à une relation d’échange. De l’argent pour jouer les sentiments, simuler des liens d’affection et le désir, les enjeux d’amour et de coeur. Il est question aussi de maladie et de mort qui mettent à bas la puissance supposée. Cette fantasmagorie montre que l’équité entre les êtres est vaine. On ne se connaît pas, le présent nous échappe, tels des personnages de comédie enfermés dans un destin avilissant. Une conception désenchantée de la relation humaine emplie de scepticisme. L’intériorité sur la scène affleure par instants. Tout est possible, mais n’est pas frère qui veut, ni père, ni mère, ni sœur, ni amante ; les hommes se cherchent en oubliant leur passé. Être « personne » dans la vie, désespérément, tout en collectionnant à vide biens et objets.
 
Véronique Hotte


Homme sans but
D’Arne Lygre, traduction Terje Sinding, mise en scène de Claude Régy, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h, jusqu’au 10 novembre 07 à L’Odéon Théâtre de l’Europe aux Ateliers Berthier Porte de Clichy Tél : 01 44 85 40 40 Texte publié à L’Arche Éditeur.

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