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Après l’avoir testé dans le parc à l’été 2025, Julie Delille invite le texte d’Alix Fournier-Pittaluga et de Paul Francesconi dans la salle du Théâtre du Peuple. Hériter des brumes est une série qui sonde l’histoire de ce lieu, une auscultation de cette utopie réelle unique en son genre. Cette geste de 6 heures, instructive, souvent drôle, est servie par des interprètes qui allient le talent à la générosité.
Le Théâtre du Peuple, ce sont avant tout des hommes et des femmes, faillibles mais magnifiques, avec une foi dans l’art et dans l’humanité chevillée à l’âme. Ce lieu constitue un héritage vivant, peuplé des fantômes bienveillants de celles et ceux qui l’ont animé génération après génération. Voilà ce que semblent vouloir nous dire les auteurs, qui ont réussi un tour de force en écrivant ces six heures de spectacle en un temps record. On sent l’amour qui a été mis à écrire les personnages, particulièrement Camille de Saint-Maurice ou « tante Camm », cofondatrice du Théâtre avec son mari Maurice Pottecher, justement réhabilitée par la pièce. L’écriture joue sur tous les registres de l’humour, et Julie Delille ne s’interdit pas d’y ajouter le comique physique. Il faut dire qu’en traversant le 20e siècle on côtoie la guerre, les crises économiques et politiques : le rire aide à rappeler que le théâtre est un acte de joie.
Une aventure humaine, et une autre histoire du théâtre
Le dépouillement scénique réussit à la mise en scène : Julie Delille ne s’encombre pas d’une scénographie qui aurait caché l’essentiel, le Théâtre du Peuple lui-même. Elle joue sur ses ouvertures pour signifier sa construction par étapes ; cela lui permet d’ouvrir les portes dès le départ, et d’échapper au poids que crée l’attente de ce geste ritualisé. La forêt et la scène sont des lieux de la vie mais aussi de la mort : les fantômes y ont leur place autant que les vivants, et la Servante, sur scène, est comme le rappel constant des présences qui peuplent les ombres. Cela permet de trop rares scènes poétiques, quelques images troublantes et moins explicables. Car Hériter des brumes est sinon bien littéral, l’histoire minutieuse de protagonistes dont les auteurs n’ont pas réussi à se décoller. Le propos politique se retrouve dilué dans la saga familiale, privant le spectacle de ce qui aurait pu constituer son moteur. Au final, on retire d’Hériter des brumes un attachement pour les personnages, sans être saisi de l’urgence de défendre le théâtre populaire aujourd’hui, et cela est dommage.
Mathieu Dochtermann
à 11h (possibilité de voir l’intégrale en 1 ou 2 fois). Tél. : 03 29 61 50 48. Durée 6h00 (avec deux entractes).
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