La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Girls and Boys de Dennis Kelly par Mélanie Leray

Girls and Boys de Dennis Kelly par Mélanie Leray - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Petit Saint-Martin
© Pascal Victor Girls and boys

de Dennis Kelly / mes Mélanie Leray

Publié le 24 janvier 2019 - N° 273

Mise en scène par Mélanie Leray, Constance Dollé porte avec force et précision la dernière pièce du Britannique Dennis Kelly. La descente aux enfers d’une femme dont le verbe se fait résistance.

Installée bien droite derrière une table ovale où des restes de repas gisent parmi fleurs et porcelaine, Constance Dollé a tous les signes de la richesse. De la distinction. Elle sert un verre de vin aux quelques spectateurs assis autour d’elle. Cinq en principe, qui ont répondu à l’invitation à vivre une « expérience immersive » lancée sur le site internet du Théâtre du Petit Saint-Martin. Comme dans Festen de Cyril Teste, où des spectateurs volontaires sont associés au dîner de famille, ces invités censés brouiller la frontière entre scène et salle ne sont que les témoins privilégiés d’une prise de parole. Un simple mais bon prétexte pour la comédienne à se lancer dans le monologue de Girls and Boys, la dernière pièce de Dennis Kelly, l’un des auteurs britanniques contemporains les plus montés en France. Et de faire exploser le cadre bourgeois esquissé par la metteure en scène Mélanie Leray et son équipe. Cela ne tarde pas. Dès la première phrase – « J’ai rencontré mon mari dans la file d’embarquement d’un vol Easyjet et je dois dire que cet homme m’a tout de suite déplu –, le jeu de massacre se met en route. Non seulement pour dénoncer les méfaits du capitalisme, comme dans Love and Money et L’Abattage rituel de Gorge Mastromas de Denis Kelly, mais aussi pour questionner la violence de l’homme. Sa part d’inné et sa part d’acquis.

Dîner en compagnie de spectres

Au fil des « conversations » qui composent Girls and Boys, Constance Dollé multiplie les ombres et les éclaircies. Elle glisse des unes aux autres sans trahir la difficulté de l’exercice. Dans le rythme fou et accidenté du texte touffu de Dennis Kelly, elle souligne un humour, une gouaille qui contraste et connaît de nombreuses éclipses. Quelques mystères aussi, comme ces moments où elle s’adresse à ses deux enfants invisibles. Parti-pris de mise en scène ou signe d’un drame caché derrière l’urgence de la parole ? Au détour du récit de sa vie de couple qui est aussi celui d’une ascension sociale par le travail, des indices sont égrenés puis recouverts par toutes sortes de digressions. Jusqu’à la révélation du meurtre commis par le mari, à partir duquel l’actrice met en sourdine son délicieux ton railleur. Sans jamais se laisser aller aux cris ni aux larmes. Hormis lors de quelques brefs passages didactiques, où sont formulées des généralités sur la domination masculine, ce Girls and Boys saisit à la manière d’un thriller. Entre théâtre psychologique et critique sociale, il prolonge avec succès l’exploration par Mélanie Deray des dramaturgies britanniques – elle a auparavant monté Contractions de Mike Bartlett et Tribus de Nina Raine. En particulier celles qui abordent la condition féminine.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Girls and Boys de Dennis Kelly par Mélanie Leray
du Mardi 15 janvier 2019 au Samedi 2 février 2019
Théâtre du Petit Saint-Martin
17 rue René Boulanger, 75010 Paris

du mardi au samedi à 21h, à partir du 5 février en alternance avec La vedette du quartier, du mardi au samedi à 19h ou 21h. Tel : 01 42 08 00 32.


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