La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -189-chaillot

Trisha Brown et Neal Beasley

Trisha Brown et Neal Beasley - Critique sortie Théâtre
© Julieta CervanteÌs Opal Loop / Cloud Installation

Publié le 10 juin 2011

une géniale novatrice

Magistrale ouverture de saison au théâtre de Chaillot, reflet d’une œuvre artistique incroyablement féconde et vivace. La grande artiste américaine présente une création mondiale, la première européenne des Yeux et l’âme, sur des extraits de Pygmalion de Rameau, et deux reprises : Watermotor (1978) et Opal Loop / Cloud Installation (1980). Sans oublier ses Early Works dans le foyer. Entretien Trisha Brown et Neal Beasley, danseur de la compagnie depuis 2003.

« Je collabore avec la musique de Rameau, c’est une muse et un partenaire. » Trisha Brown
 
 
Vous avez mis en scène l’opéra Pygmalion de Rameau en 2010. Puis vous avez créé Les yeux et l’âme sur des extraits de l’œuvre. Qu’aimez-vous dans la musique de Rameau ?
Trisha Brown : Lorsque j’ai commencé à étudier la danse à la fin des années cinquante, j’ai étudié avec Louis Horst, le pédagogue le plus important de l’après-guerre aux Etats-Unis pour la composition. Il pensait que la connaissance des danses populaires du xviiie siècle était un préalable nécessaire pour aborder la composition. Voilà comment, avant d’étudier les méthodes de John Cage, j’en suis venue à comprendre la signification de la chorégraphie, le sens communiqué à travers la structure, que la danse soit exécutée avec ou sans musique. Dans mon travail avec Rameau je retourne donc à un aspect peu connu de mon apprentissage. J’ai étudié intensément la musique classique pendant quinze ans, et avec Rameau, je suis moins véhémente sur l’idée de mettre toute ma danse au premier plan de la musique, je collabore avec la musique de Rameau, c’est une muse et un partenaire, tout comme mes autres muses, les danseurs. Parfois j’accorde la danse à la musique, parfois la danse est située entre les notes ; les images de la chorégraphie précèdent l’articulation du chanteur au livret, ou alors suivent des clés dans la musique ou les récitatifs. En développant la chorégraphie pour l’opéra, je procède selon une logique minutieuse, une acceptation de l’improvisation, de la spontanéité, ainsi qu’une attention aux capacités naturelles du corps, aux trajectoires naturelles de son mouvement, à sa réponse naturelle – et logique – à la gravité et à l’élan physique, ainsi qu’à sa géométrie. Dans l’opéra mon vocabulaire gestuel et les structures chorégraphiques sont empreints d’images qui réagissent au livret et au contenu émotionnel du livret et de la musique, et le mouvement est réalisé par les chanteurs.
 
Qu’est-ce qui a donné naissance à votre création 2011 ? Les notions de « sculpture, calligraphie et corps noués » que vous évoquez sont-elles essentielles dans cette création ?

Neal Beasley : Ces quelques images constituaient plutôt un tremplin, une direction. Nous avons exploré les densités variables de ces images, et la façon dont elles indiquent simultanément à la fois le mouvement et les formes statiques. Pendant le travail s’est élaborée une sorte de dialogue entre les choix des danseurs, un jeu d’allers-retours entre les corps et leurs solutions particulières. L’unisson du matériau semblait se régler ou se dérégler, et c’était comme regarder le jeu formel d’une personne interrompant la phrase par une accélération. Comme l’expérience de regarder un seul corps bouger à travers des élans multiples, presque contradictoires – ce qui est la façon dont le corps de Trisha bouge. Cette interruption – ou aberration, comme nous l’avons appelée – est devenue une structure formelle centrale, une proposition pour le développement du mouvement.

Propos recueillis et traduits par Agnès Santi


Quatre pièces de Trisha Brown, précédées par des Early works et des films, du 5 au 14 octobre 2011.

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