La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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PATRICE CARATINI

PATRICE CARATINI - Critique sortie Jazz / Musiques
(Photo1 Caratini ©Didier Gaillard)

Publié le 10 janvier 2009

« Un de mes champs d’étude de prédilection : l’évolution et le mélange des langages musicaux. »

D’où vous vient cette curiosité pour la musique cubaine et latine ?
Patrice Caratini : Cela ne date pas d’hier ! Pendant quinze ans j’ai notamment joué en trio avec les Argentins Mosalini et Beytelmann. A Paris, nous avons la chance de pouvoir rencontrer nombre de musiciens latino-américains. J’aime me balader dans le champ des musiques populaires urbaines, qu’elles soient argentines, américaines ou cubaines, en premier lieu le jazz évidemment. Un de mes champs d’étude de prédilection : l’évolution et le mélange des langages musicaux qui aboutissent à de nouveaux langages créolisés. Ces répertoires proviennent de la rencontre de deux migrations américaines : la conquête de l’Ouest, et la traite des Noirs d’Afrique.
Comment s’est construit le programme de Latinidades?
P.C. : Selon plusieurs axes. L’un a consisté à réorchestrer le travail que j’avais fait autour de l’Argentine, la pièce « Zamba y Malambo » d’Horacio Salgan écrite pour le trio en 93 et que nous n’avions jamais jouée en grande formation, ainsi que « Los senderos que se bifurcan » de Beytelmann, une pièce mouvante entre différentes latinités. Nous avons aussi exploré la rencontre du jazz et des percussions cubaines, comme les collaborations de Chano Pozo et Gillespie, Ray Baretto et Charlie Parker. Et puis il y aura deux compositions personnelles : nous reprendrons « Antillas », un voyage de la musique européenne vers la biguine jusqu’à la rumba, et une œuvre originale autour des tambours Batà, à l’origine tambours sacrés apparentés aux rites yorubas du Niger.
 
« Interprètes et orchestrations sont étroitement liés pour guider la lecture de la musique et créer un nouvel objet. »
 
Il s’agit finalement d’une promenade très libre dans le monde latin…
P.C. : Depuis onze ans, le Caratini Jazz Ensemble ne marche que comme ça ! Nos choix sont liés à des affinités personnelles, des rencontres, des coups de cœur, des hasards… Au fur et à mesure se crée une identité : l’histoire de cet orchestre lui confère une unité sonore. Interprètes et orchestrations sont étroitement liés pour guider la lecture de la musique et créer un nouvel objet. Ce qui compte, c’est la manière de dérouler le concert, d’amener le public à voyager avec nous. Je ne sais pas à l’avance où nous allons, car le récit musical se construit avec tous ses interprètes.
Comment avez-vous rencontré les musiciens invités ?
P.C. : Il y a cinq ans, j’ai monté un Bal populaire avec l’Orchestre, et j’ai fait appel au percussionniste chilien Sebastian Quezada pour jouer ce qu’on appelle les « typiques » : mambo, cha-cha, bolero… Et pour Latinidades, il sera avec deux musiciens cubains : Javier Campos Martinez, maître incontesté des Batà, et « Mansfa » Rodriguez, un percussionniste cérébral et brillant. Pour comprendre le jeu des Batà, nous avons travaillé en atelier avec les trois percussions, la batterie, le piano, ma contrebasse, et un saxophone. Un vrai laboratoire d’expérimentations !
 
 « Le Jazz Ensemble est en permanence dans l’aventure, le risque. »
 
Le programme, d’une grande exigence musicale, doit toujours rester lisible pour le public…
P.C. : Jouer des Batà est compliqué, mais les écouter est très simple. Une fois que les musiciens se sont compris, tout n’est plus qu’une question de respiration. Avec la percussion, le problème de lisibilité disparaît : c’est l’instrument populaire par excellence. Quelle que soit sa forme, tout le monde peut l’appréhender, surtout dans le registre des danses de village, qu’elles soient cubaines ou ardéchoises !
L’Ensemble garde un appétit énorme de nouveautés…
P.C. : C’est le parti pris de départ. Dès sa création, après avoir fait tant d’autres choses, je me suis entièrement consacré à l’Ensemble. Je veux développer suffisamment de propositions avec lui pour avoir le plus de possibilités de jouer, ce qui nous permet de ne jamais être dans la redondance. Et cela m’oblige à travailler car je suis un paresseux, j’ai besoin d’échéances ! Au fil des ans, nous avons cumulé une riche matière musicale et produit de nouvelles idées. On est en permanence dans l’aventure, le risque. Un vrai travail musical de fond qui n’a pu se faire qu’avec le temps.
 

Propos recueillis par Vanessa Fara et Jean-Luc Caradec

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