La Terrasse

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OLIVIER BRODA

OLIVIER BRODA - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 février 2010

LE RISQUE DE LA LIBERTE

COLLECTIF DE COMEDIENS ASSOCIE A LA MCNN, LE THEATRE DU TEMPS PLURIEL S’EMPARE DE DERNIERS REMORDS AVANT L’OUBLI, DE JEAN-LUC LAGARCE. OLIVIER BRODA, DIRECTEUR ARTISTIQUE DE CE GROUPEMENT THEATRAL, SIGNE LA MISE EN SCENE DE CETTE NOUVELLE CREATION.

« Jean-Luc Lagarce est comme un chirurgien de l’écriture qui
utiliserait le rire tel un anesthésiant. » Olivier Broda
 
Quelle est l’histoire de votre compagnonnage avec la MCNN ?
Olivier Broda : Pendant neuf ans, Anne-Laure Pons, Marie-Julie de Coligny, Cédric Joulie et moi-même avons été comédiens permanents à la MCNN, créant nos propres spectacles ou travaillant avec des metteurs en scène invités. Nous sommes allés à la rencontre du public, avons sillonné le département avec des petites formes, essayant de privilégier, dans notre travail, les aspects d’enseignement et de transmission. Au terme de ces neuf années de terrain, nous avons décidé de créer un collectif indépendant. Le Théâtre du Temps Pluriel est un vivier artistique au sein duquel diverses personnalités s’expriment. Nous proposons nos projets à la MCNN, qui accepte de les soutenir ou pas, en toute liberté, nous laissant alors toute latitude de création.
 
Pourquoi passer ainsi de la permanence à l’association ?
O. B. : Le choix de constituer ce collectif ne représente pas une rupture mais une suite logique. Nous gagnons ainsi en autonomie. Je crois que les choix artistiques sont toujours liés au danger. Il faut savoir se confronter à ce danger pour avancer. Peut-être que ce choix peut paraître absurde à une époque de précarité où la permanence est considérée comme un abri, mais nous avions l’envie viscérale de cette prise de risque.
 
Pourquoi choisir de mettre en scène Derniers Remords avant l’oubli ?
O. B. : Lagarce est un artiste qui m’accompagne, me berce et me touche depuis des années. Le Théâtre du Temps pluriel a le souci d’un théâtre populaire et généreux, qui questionne la vie et l’humain. Un théâtre où se mêlent la réflexion et l’émotion, où rayonne la parole, en lien avec son temps, miroir de son époque, plus riche en questions qu’en réponses. Cet auteur est comme un chirurgien de l’écriture qui utiliserait le rire tel un anesthésiant. Il n’est jamais cynique, mais essaie toujours d’aller au plus profond du sens des mots, de sa langue profuse habitée par le silence et la mélancolie. J’ai envie de parcourir son œuvre et de continuer à monter ses autres pièces. Dans Derniers Remords avant l’oubli, c’est encore lui qui maîtrise son écriture. Mais, dans Le Pays lointain, sa dernière œuvre, il se fait mener par son écriture. Je voudrais réussir à recomposer ce parcours allant de la maîtrise à une forme de soumission.
 
Quels sont vos choix scénographiques ?
O. B. : J’aimerais créer une version pour la scène et une version mobile à jouer chez des particuliers. Les personnages de la pièce sont des êtres maladroits qui se prennent les pieds dans les mots et les sentiments, des êtres qui ont du mal à se dire les choses simplement. Je veux que dans les deux versions le public soit au plus près de ce théâtre intime où il s’agit, comme le dit Lagarce, d’« accepter de se regarder soi pour regarder le monde ».

Entretien réalisé par Catherine Robert


Derniers Remords avant l’oubli, de Jean-Luc Lagarce ; mise en scène d’Olivier Broda. Création en octobre 2010 à Nevers.

A propos de l'événement


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