La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -190-criee

Macha Makeïeff

Macha Makeïeff - Critique sortie Théâtre
© D. R.

Publié le 10 septembre 2011

Ouverture et générosité

Macha Makeïeff pilote une saison de transition qu’elle n’a pas composée mais à laquelle elle entend imprimer sa patte originale.

« Je cultiverai la logique de la prospérité artistique. » Macha Makeïeff
 
 
Dans quel esprit arrivez-vous au Théâtre de La Criée ?
Macha Makeïeff : Je suis née à Marseille. Si j’ai passé ma petite enfance à Lyon, j’ai grandi à Marseille : premières émotions artistiques, le conservatoire, les Beaux-Arts, le musée Cantini, Pierre Barbizet, l’Opéra, le Muséum d’Histoire naturelle et les traversées de la ville en mobylette… Ensuite, je l’ai quittée, farouchement, pour Paris. Aujourd’hui, je reviens comme si le destin m’imposait un itinéraire qui me précédait. Je retrouve avec un mélange de trouble et d’exaltation, comme un vieil amour, cette ville que je croyais d’une autre vie ; cela prend sens et force artistiques. La Criée et Marseille se superposent ; cette ville me touche et me tient, avec son côté beau voyou à la Genet, à la fois déclassée et tutélaire, la déconsidération qu’elle ressent aussi. Ce grand théâtre sur la Méditerranée, dans une ville d’exilés et d’immigrés, est aussi en résonance avec ce qui se passe sur l’autre rive : en ce sens, c’est une responsabilité de le diriger à ce jour. Comme artiste, c’est à la fois une chance et un défi que de vivre là avec cette mission.
 
Comment faire la part entre l’administratif et l’artistique ?
M. M. : Il y a le risque de laisser filer le temps artistique. Diriger une entreprise culturelle de cette dimension, mettre en place un nouveau projet, le concrétiser, rencontrer artistes et propositions, collaborateurs et tutelles, envisager l’aspect régional du travail, est envahissant. Il faut sans cesse revenir au plateau et à la fabrication. Faire un spectacle dès cette saison était la nécessité première. C’est dans la proximité avec les équipes de la maison que s’inventera intelligemment ce partage du temps.
 
En mars, vous créez Les Apaches. Quel est l’objet de ce nouveau spectacle ?
M. M. : Il est question de la fascination réciproque des voyous dandys et des artistes ainsi que du temps de la loge. Pourquoi se déclasse-t-on socialement pour devenir un artiste, une canaille ? Que se passe-t-il avant d’entrer en scène, avant de tuer ? Cet instant qui nous pousse à entrer en piste, et précède ce moment-là d’entrer en scène, cette espèce de suspension, ce tourment que connaissent les artistes dans l’attente : comment le montrer ? Je veux rendre hommage à ces voyous et des artistes fragiles, tragiques et magnifiques. Au théâtre, lorsqu’on invente, on convoque toujours ceux qui nous ont précédés.
 
Comment vous installez-vous à la suite de Jean-Louis Benoit ?
M. M. : Dans le relais heureux et la métamorphose ; mettre des pierres blanches en résonance avec la programmation de cette saison par Jean-Louis. La métamorphose se fera par étapes ; elle est induite par une façon de travailler, de fabriquer, de récolter qui m’est particulière, de créer les conditions de l’invention, au plus près de l’équipe et de collaborateurs subtils. Ce théâtre sera ouvert et généreux. Un théâtre national doit être du côté de l’exigence artistique et se garder d’une programmation opportuniste. Mais pas question de renoncer à la notion de plaisir, de réjouissance ! Et se méfier de l’esprit de sérieux, qui cache souvent un vide sidéral ; s’éloigner avec application de tout sectarisme ! Pas de mausolée pour artistes : au contraire, un lieu de célébrations joyeuses ! Je cultiverai la logique de la prospérité artistique, le mélange des genres, attentive aux différentes scènes, aux différentes écritures théâtrales ; avec un goût et une attention pour la transmission aux autres générations de publics et d’artistes.
Propos recueillis par Catherine Robert


 
Les Apaches, spectacle de Macha Makeïeff.
Du 13 au 30 mars 2012.

A propos de l'événement


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