La Terrasse

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L’Orestie

L’Orestie - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 décembre 2008

Le Forum du Théâtre Européen accueille L’Orestie, du Théâtre Ilkhom d’Ouzbékistan, et rend ainsi hommage au grand metteur en scène Mark Weil, assassiné le 7 septembre 2007 à la veille de la première du spectacle.

L’Orestie, pièce où l’ardent démocrate Eschyle dit la nécessité apparue aux Grecs de la cohésion politique et de la force d’une justice sereine, l’inanité et la stérilité du meurtre comme instrument du pouvoir et la nécessité de confier au peuple les voies de son destin par le vote, semble programmée d’évidence dans le cadre de la réflexion organisée cette année par le Forum du Théâtre Européen sur les rapports entre théâtre et politique. Inviter le Théâtre Ilkhom d’Ouzbékistan à en présenter la version mise en scène par Mark Weil, fondateur en 1976 du premier théâtre indépendant de l’ex-empire soviétique, bastion militant de liberté et de créativité, poignardé à mort au pied de son immeuble en septembre 2007, prend dans ce contexte une valeur d’autant plus symbolique.
 
La leçon des Anciens assénée aux scélérats contemporains
 
Les Atrides, pris dans les rets de la vengeance, font couler le sang de génération en génération, transformant le palais d’Argos en autel rougeoyant et funèbre. Oreste, le dernier survivant de cet implacable destin, trouve le salut et le repos dans le giron athénien, acquitté par l’Aréopage et enfin soulagé du cortège des Erinyes, devenues bienveillantes grâce à Athéna, qui entend confier le sort des hommes à la seule raison. L’Orestie redit hardiment aujourd’hui la leçon héritée d’une époque où théâtre et politique débattaient ensemble des principes du bien commun, contre les égarements des tyrannies solitaires et terrifiantes. Dans un pays comme l’Ouzbékistan, dont le président, Islam Karimov, a été réélu pour sept ans deux mois après l’assassinat de Mark Weil, et ce en dépit des dispositions constitutionnelles lui interdisant de briguer à nouveau ce mandat, et qui est gangréné par un fondamentalisme religieux allergique aux choix libertaires d’artistes comme ceux du Théâtre Ilkhom, c’était prendre bien des risques que d’oser s’opposer et c’était sans doute faire preuve d’une insupportable insolence que de mettre en scène la leçon démocratique du vieil Eschyle…
 
Catherine Robert


L’Orestie, d’Eschyle, mise en scène de Mark Weil, spectacle en ouzbek surtitré en français et anglais, samedi 13 décembre à 21h, au Théâtre National de Nice, salle Pierre Brasseur.

A propos de l'événement


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